« Didier, comment on fait pour faire les Chantiers des Francos ? »
Si la Rochelle nous fait de l'œil depuis dix ans, ici aussi, on défriche, on guette, on accompagne, on aide. Il était temps de réunir tout le monde sur un beau plateau, avec les fiers Mustang en tête.
Ce sont deux traditions très françaises finalement. D'un côté, l'attachement au format chanson, textes costauds et fine poésie. De l'autre, une attention aiguë pour l'enrobage sonore des morceaux, depuis les arrangeurs sixties jusqu'à la musique électronique la plus contemporaine. Car sous ses airs anachroniques, le garçon est bien de son temps, en témoigne la magnifique Reproduction, album déjà intemporel.
Mustang réussit le prodige d'être à tu et à toi avec le Lou Reed de 1967 autant qu'avec Johnny Cash, de présenter la guitare immaculée de Scotty Moore au synthé crotté de Suicide, de faire surfer Dick Dale sur les déferlantes de la new wave. Avec Mustang, le yéyé se retrouve déniaisé, par le miracle d'une écriture acerbe et sexy, et la variété française des sixties figure soudain au rang des idiomes musicaux modernes.
Casqué et masqué, Cascadeur prend des risques. Avec brio et intelligence, il offre une musique pleine de sensibilité. Lutin espiègle du clavier, pétri de musique classique, nourri des courants les plus novateurs, on retrouve au détour d'un accord des inspirations pop, Antony and the Johnsons, Radiohead, Nina Simone, mais aussi classiques, Satie et d'autres. Un voyage heureux et nostalgique aux détours infinis.