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Critique du 17 octobre
Cela aurait pu être une soirée de rêve,
mais ce fut seulement une bonne soirée. L'affiche proposant Sarah
Slean, Buck 65 et Tom McRae sur la scène de la
Coopérative de Mai était plus que prometteuse sur le papier, tant
il était difficile d'oublier les enthousiasmantes précédentes prestations
de Buck 65 et Tom McRae dans le même lieu.
Sarah Slean : une belle découverte
!
Mais avant les retrouvailles avec Buck
et Tom, le public de la grande salle de la Coopé a le bonheur de
découvrir Sarah Slean, une jeune canadienne seule au piano.
Dès le début de son show, et malgré la barrière de la langue, la
belle tente de communiquer en français entre ses morceaux très réussis,
pour établir le contact. En plus d'un songwriting assez classieux,
on découvre donc une personnalité originale et drôle. Quasi immédiatement,
on remarque également que les compositions et la (très jolie) voix
de Miss Slean évoquent par bien des aspects la
musique de Kate Bush et de sa disciple douée Tori Amos
; ses titres sont traversés par le même romantisme échevelé. La
prestation trop courte de Sarah Slean donne envie d'écouter
son disque... et de la revoir plus longuement très vite.
Buck 65 : toujours la grande
classe.
L'occasion de recroiser sa route se
présente plus tôt que prévu puisque Sarah Slean officie sur
certains morceaux du nouveau spectacle de son compatriote, l'ultra
doué Buck 65. Seul sur scène les dernières fois où on l'avait vu, notre homme
se présente cette fois-ci accompagné - en plus de sa pianiste fétiche
- par sa petite copine française, la troublante Claire, aux chours
(qui proposera également un duo extrêmement langoureux vers la fin
du concert) et aux percussions (avec des galets), mais surtout par
un acteur performer irrésistiblement drôle.
Ce spectacle est véritablement remarquable par son côté protéiforme
: on assiste à la fois à un concert de hip hop/country/chanson/pop,
à une performance théâtrale digne d'un cabaret et à des numéros
de cirque réjouissants. Les excellents morceaux de Buck 65,
sa superbe voix rocailleuse et son impressionnant style de scratches
sont en effet entrecoupés par de mini sketches ou autres interventions
saugrenues et drolatiques de son acolyte acteur (dont le style évoque
Buster Keaton). Devant un tel étalage d'humour absurde, Buck
65 se la joue moins Charlie Chaplin, il se met plus
en retrait, en s'abritant derrière les facéties de son camarade
de jeu. Cela lui permet de mieux se concentrer sur ses titres, mais
le résultat est le même : il arrive à emmener son auditoire dans
son univers fascinant.
Tout cela se termine bien trop tôt malheureusement. Mais quand les
lumières se rallument, on ne peut s'empêcher de se dire que cet
artiste a décidément la grande classe.
Tom McRae : un peu de sobriété
n'aurait pas été de trop.
Certes, il est très difficile de passer
après la tornade Buck 65, mais Tom McRae avait des
atouts pour rivaliser : il aurait pu s'en sortir de belle manière
en jouant sobrement ses superbes morceaux entre pop et folk. Las,
sans doute (mal) conseillé par les sbires de sa maison de disques,
M. McRae a choisi de tirer sur la corde sensible en proposant
un show appuyant (trop) sur tous les effets.
A de trop rares exceptions près, les arrangements choisis pour cette
tournée sont peu pertinents. La basse est inutile, la deuxième guitare
électrique aussi, les claviers également, les effets sont trop ostentatoires
sur le violoncelle.
Pourquoi surcharger le son et lui donner des atours plus lourds
et FM, alors que ces morceaux sont émouvants dans le plus total
dénuement (les précédentes tournées l'ont prouvé) ? Peut-être pour
vendre des disques. Sans doute pour faire forte impression sur les
scènes des grandes salles ou des festivals. Sans trop vouloir noircir
le tableau - Tom McRae reste un chanteur bouleversant et
un bon songwriter, même si son dernier disque semble moins inspiré
-, on remarque, en plus, que le comportement scénique de l'artiste
rejaillit malheureusement sur le public ; à cause du volume sonore
sensé le « couvrir », celui-ci se sent libre de se comporter
en consommateur de musique (je parle fort, je marche sur les gobelets
de bière jetés au sol, je tousse pendant 5 minutes sans sortir de
la salle, etc), gâchant ainsi les rares moments où Tom et
ses acolytes jouent sobrement. Tout ceci est vraiment très très
énervant !
On quitte les lieux en pensant aux concerts réussis de Tom McRae
(il y a deux ans déjà) et aux très bonnes prestations de Sarah
Slean et Buck 65, et en se disant que cela aurait pu
être une soirée de rêve...
A lire également sur ConcertAndCo.com, une interview de Tom McRae et une chronique
de son concert aux Eurockéennes de Belfort, en 2003. Sites Internet
: www.buck65.com,
www.tommcrae.com,
www.sarahslean.com,
www.lacoope.com.
Pierre Andrieu
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