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Critique du 7 décembre
En état de grâce.
Les Anglais de Supergrass ont donné un concert réjouissant
à la Coopérative de Mai, devant un public enthousiaste. mais clairsemé.
Le groupe de Gaz Coombes - qui publie des disques aussi excellents
que différents depuis plus de dix ans - n'est en effet plus vraiment
à la mode, si tant est qu'il l'ait été un jour. Dans ces conditions,
quel intérêt le branché a-t-il à se déplacer ? Aucun, car ce combo-là
ne s'inspire pas du post punk et ne possède pas dans ses rangs un
chanteur qui singe Ian Curtis ou David Byrne, sans
oublier de se taper des top models en se faisant des lignes de coke.
Il faudra sans doute donc attendre dix ans un hors série sur papier
glacé vendu à prix d'or par la presse rock pour s'entendre dire
que, finalement, c'était un groupe important.
Quasiment un show case
privé
Cette (relative) désaffection du public a quand même un avantage
: elle permet d'assister au set acoustique de Supergrass
comme si c'était un show case privé et intimiste. Gaz Coombes,
arrivé seul avec sa guitare sèche et son chapeau, est à dix mètres
de nous, c'est à dire beaucoup plus près que lors du très bon show
donné par son power trio au festival de Bénicassim
en 2002. Grâce à cette rare proximité et à un son cristallin, il
est impossible de ne pas remarquer que le chanteur/songwriter/guitariste/bassiste
est en état de grâce dès les premières notes jouées. Le titre d'ouverture,
St Petersburg, est un tube folk absolument imparable chanté
avec une voix claire et vivante de gamin anglais ayant beaucoup
écouté John Lennon, Paul McCartney, Marc Bolan,
David Bowie et Ray Davies. Les deux premiers morceaux
sont si beaux que l'on se dit qu'on resterait bien deux heures en
tête à tête avec le leader de Supergrass. Mais son acolyte
bassiste Mick Quinn (qui se saisit d'une guitare pour ce
morceau) arrive sous les acclamations quelques instants plus tard
pour l'interprétation dépouillée du toujours bienvenu Caught
by the fuzz, un tube circa 1995. Juste après, le groupe au grand
complet prend place derrière un kit de batterie (ce n'est pas Danny
Goffey, excusé pour cause de paternité), des percussions, des
claviers et un orgue (mais ce n'est pas Rob Coombes, excusé
lui aussi). Tout le monde est assis sur des tabourets, et c'est
très bien comme ça : les morceaux sonnent divinement dans cet écrin
épuré créé par cinq musiciens aussi sobres que pleins d'à propos.
Rien d'étonnant donc à ce que le très bon Sad Girl nous fasse
l'effet d'un titre original des Beatles ; on pense en effet
très fort à un I Am The Walrus dépouillé.
Sur la route d'un avenir
radieux
Durant les quarante premières minutes du spectacle, la
guitare électrique est utilisée avec parcimonie par Gaz
Coombes, mais après un mini (heureusement !) interlude/solo
de batterie et de percussions, le groupe et son guitariste/leader
reviennent avec l'envie d'en découdre avec leur répertoire punk
pop glam. On assiste, avec un large sourire aux lèvres, à un déferlement
de tubes extraits des albums précédents (Richard III, Mary,
Moving, Funniest thing, Grace, Sun hits
the sky, Late in the day, Rush hour soul, Pumping
on your stereo, seul Alright sera volontairement oublié),
entrecoupés avec les superbes titres du très recommandable dernier
disque, comme Fin, Road to Rouen etc. Mr Coombes
semble être né avec une guitare entre les mains et un micro devant
lui, tant il chante divinement et joue de la six cordes avec dextérité,
sens du riff et toucher. C'est un bonheur de le voir s'énerver sur
son instrument (sous de superbes éclairages illuminant de manière
psychédélique la pochette de l'album placée en fond de scène) après
l'avoir gentiment caressé quelques instants auparavant. Cette technique
schizophrène n'est pas sans rappeler les grands écarts effectués
par le canadien Neil Young, dont on retrouve l'influence
chez Supergrass, au même titre que celle des artistes anglais
cités plus haut. Le leader du discret (hors de scène) combo d'Oxford
a en plus une silhouette qui rappelle celle du Loner. Il va de soit
qu'on lui souhaite une carrière aussi riche en albums réussis et
variés. Il n'y a pas trop de souci à se faire pour ça car
Supergrass est aussi à l'aise avec les titres légers, pop
et supersoniques qu'avec les ballades folk mélancoliques. C'est
sans doute cette dualité et la richesse de leurs univers qui permettent
à ces musiciens d'être toujours habités par une envie manifeste
de jouer de la musique ensemble. Quand le groupe quitte définitivement
la scène au bout d'une heure et demie, après un excellent et survolté
rappel de deux titres, c'est la sensation d'avoir vu un groupe sur
la route d'un avenir radieux qui prévaut.
A lire également, la critique
de l'album Life
on other planets.
Sites Internet : www.supergrass.com
Pierre Andrieu
Lire aussi la chronique de
Jean-Michel Planat
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