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Critique du 7 décembre
Deuxième ère du stup orchestrée
de main de maître par ce petit enc. de King Ju
Et oui, ça énerve passablement de se faire insulter pendant
tout un concert dans les mêmes termes que ceux employés par votre
grossier serviteur (qui ne manquera pas de se faire réprimander
par les traditionnels « Tu peux le dire, mais pas l'écrire !
»). Il est en effet assez difficilement supportable d'être pris
pour des ploucs de clermontois trop gentils pendant la quasi totalité
de la prestation scénique du Stupeflip Crou, et
cela même si on aime les morceaux paranoïaques et drôles de ces
guignols de service déguisés en membres du Ku Klux Klan.
La moutarde monte progressivement au nez donc. On sent que ça vient.
Et quand le guitariste et le bassiste enlèvent leurs masques terrifiants
pour mieux faire des bras et autres doigts d'honneur en traitant
les public d'« enculés » (sic), c'en est trop ; on réagit - de manière
assez puérile c'est vrai, la provocation étant vraiment énorme -
en les couvrant d'insultes à notre tour. Mais vu le volume sonore
et l'enchaînement frénétique des morceaux (pas de blanc), c'est
un peu peine perdue, malheureusement. Qu'importe, comme le groupe
avait balancé moult projectiles dans la fosse lors de ses dernières
prestations (il récidivera cette fois-ci en envoyant « généreusement
» des bouteilles d'eau, pleines), on a également bien envie de leur
jeter quelque chose en travers de leurs tronches de bâtards masqués.
Et on le fait, d'ailleurs. Mais par manque d'entraînement, on les
loupe avec nos gobelets en plastique préalablement empilés avec
soin. Il y a bien une canette de bière en verre qui traîne, mais
ce serait abuser : quand on était petit, on nous répétait souvent
de ne pas être aussi cons que ceux qui provoquent de manière éhontée.
Et puis on n'a pas très envie d'envoyer un Stupeflip
à l'hôpital puis d'avoir à s'excuser après comme King Ju,
avec une jolie pancarte « Pardon d'avoir été méchant » !
Le pitoyable King Ju se rendit
compte qu'il ne pourrait jamais totalement assouvir son besoin de
vengeance
On enrage donc, tout en testant la nouvelle grand messe métalo rap
variétoche concoctée par la troupe dirigée par un ex adolescent
ayant eu de graves problèmes avec ses petits camardes de classe
: brimades en tous genres, moqueries répétées, coups dans la gueule,
cartable irrémédiablement détérioré. Ceci explique cela : un désir
de vengeance contre la Terre entière qui est la source de toutes
ces provocations de garnement ayant basculé du côté obscur de la
force.
Masqué, avec d'horribles accoutrements de moines, se prosternant
devant un totem qu'ils semblent adorer, les Stupeflip font
peur, voire très très peur au début de leur set. La Stup religion,
ça fout carrément la trouille, putain ! Et ce, tout simplement pour
se venger, c'est horrible !
C'est donc dans une atmosphère délétère que les titres se succèdent,
tantôt atmosphériques et inquiétants, tantôt hystériquement punk,
comme les tubesques Krou Kontre Attak et Stupeflip,
extrêmement percutants. Puis les masques tombent - partiellement
-, et les insultes pleuvent. On se dit qu'avec un autre public que
le sien, c'est-à-dire une foule remontée ne se laissant pas faire,
et non pas des petits blancs qui prennent la pose de rappers rebelles
à la petite semaine, Stupeflip aurait la confrontation
qu'il fait mine de chercher, tout en espérant qu'elle n'arrive pas
bien sûr. Cela étant dit, même si personne ne leur administre la
fessée déculottée devant toute la classe qu'ils mériteraient pour
avoir été méchamment idiots, on les aime bien finalement les Stupeflip
et leur lugubre décorum religieux choisi pour la tournée Stup
religion. Car leur show défouloir de Hip punk variétés a le
mérite d'être original, même si la portée de leur discours - à prendre
au quatorzième degré - ne va pas bien loin.
Ça fout vraiment les jetons King Ju avec son seau sur la
tête, Cadillac avec son masque terrifiant en train de hurler
leur inepties soi disant anti argent anti hiérachie, anti société,
anti tout, mais pro Casimir (ah, ça va alors !). Mais malgré leurs
faux airs d'ennemis publics numéro un, les Stupeflip
font du divertissement comme Mylène Farmer et Kyo,
et ils ont le très gros avantage de le savoir.
Le club de la Coopé devient une
auberge de l'horreur où l'on peut écouter des troubadours mélangeant
rap, rock et ritournelles de variétés
Habilement placés à des moments stratégiques, des singles (volontairement)
pathétiques viennent mettre la pédale douce sur le rap punk métal
en accentuant le côté dramatiquement « variétés pour vendre des
disques (mais qui n'y arriveront pas) » : Le cartable (malheureusement
pas joué en entier), Stup danse et Les cages en fer,
où le groupe prouve qu'il n'est pas si aigri que ça. Mais quand
même un peu (beaucoup). Sous leurs masques, ces monstres de haine
pensent aussi à la prévention routière et à faire danser leurs fans.
Comme quoi le pitoyable et vengeur King Ju croit
encore qu'il va pouvoir réaliser le casse du siècle en dévalisant
le porte monnaie des auditeurs/consommateurs des radios d'jeuns.
Il avait échoué avec pertes et fracas avec son premier disque, et
il semble qu'il s'achemine vers le même résultat. On lui souhaite
ardemment en tout cas, sinon, il finira par passer au prime de la
Star Ac sur des chorés de Kamel Ouali, en appliquant
à la lettre les conseils de Raphi. Mais ce qui sauvera sans
doute Stupeflip du succès de masse et donc d'une
prestation sur les plateaux de l'empire du mal - TF1 -, c'est le
cynisme aussi nauséabond que fort drôle qui se dégage de son univers.
Quand l'âme damnée de la troupe hurle « On vous aime, public
», on sent bien que ce n'est pas franchement sincère... Et c'est
très bien comme ça. King Ju aka Pop Hip est néanmoins
un peu trop franc ; le leader du crou ayant trop fumé de joints
(et trop bu de vin) devrait faire comme les autres artistes de variétés
françaises : dire le contraire de ce qu'il pense pour ne pas effrayer
le client. C'est comme ça que ça marche coco.
Un truc foutraque qui frappe
comme une matraque là où ça fait - un peu - mal
Au lieu de ça, Stupeflip sur scène, ça donne une heure (sans
rappel bien sûr, on va pas se fouler pour les connards de fans qui
payent) de truc foutraque qui frappe comme une matraque là où ça
fait - un peu - mal. Il n'en sort pas grand-chose, si ce n'est la
sensation d'avoir assisté à un spectacle aussi visuel et remuant
qu'inquiétant. Un nihilisme forcené plane dans l'air, mais au moins
on aura oublié que des bagnoles crament dehors et que Sarkozy sera
notre prochain président de la république (63% des gens sont satisfaits
de sa gestion « je jette de l'huile sur le feu » de la crise des
banlieues). C'est déjà ça.
A lire également, les chroniques des concerts de Stupeflip
à la Coopérative de Mai à Clermont-Fd en avril
2002 et juin
2002, puis au festival Les Efferv'Essonne
2002, ainsi que la critique du premier disque
du crou .
Sites Internet : www.stupeflip.com
Pierre Andrieu
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