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Critique du 7 décembre
Soirée de rêve à la Coopérative de Mai pour les fans de
pop n' folk : débutée de manière intimiste avec la folk music du
jeune Clermontois Leopold Skin, la soirée s'est poursuivie, après
moult péripéties, avec la pop sobrement exubérante d'un canadien
attendu comme le messie, le très doué Rufus Wainwright.
Beautiful child
Tout commence avec une demi-heure de retard car, son avion étant
bloqué par le brouillard à Madrid, Rufus Wainwright ne pourra
être sur scène qu'à partir de 22h30. Tant mieux pour Leopold
Skin, qui se voit attribuer 45 minutes de set pour sa première
apparition à la Coopé. Même si le très jeune - 18 ans - musicien
blond comme les blés s'en sort très bien dès le début, on sent qu'il
est mort de trouille. Et ça peut se comprendre aisément : affronter
400 personnes qui attendent impatiemment un artiste phare (et en
retard) avec une guitare en bois, un harmonica et une voix pour
seules armes, ce n'est pas une sinécure ! Mais Leopold Skin
possède tous les atouts pour séduire le public : une voix évoquant
Dylan, des morceaux bien troussés influencés par
Robert Zimmerman, Nick Drake et Devendra Banhart,
des textes en anglais, un jeu de guitare folk efficace, des parties
d'harmonica bien exécutées, sans oublier une présence simple et
humble. Le temps imparti à la première partie s'écoule donc très
vite : les titres sont efficaces et souvent marquants, la reprise
d'Herman
Düne - une autre influence importante visiblement - étant
l'ultime touche de classe venant couronner un set très prometteur.
Gay messiah
Comme annoncé, Rufus Wainwright et ses musiciens arrivent
sur scène à 22h30 précises, c'est-à-dire cinq minutes à peine après
l'arrivée du songwriter/chanteur à la Coopé. On se dit que le concert
va être moyen ou tout au moins pas aussi réussi que la prestation
solo très brillante de l'auteur de Want two au dernier Printemps
de Bourges. Et bien, on a tort ! C'est parti pour un show
à la canadienne, mêlant avec un rare talent, folk, pop, influences
cabaret glam kitsch et références imparables (Leonard Cohen,
Jeff Buckley, Edith Piaf, Radiohead. ).
Spotlight on Christmas
Malgré les heures d'attentes à l'aéroport - onze, nous apprend t-il
- et le stress inhérent à ce genre de problème, la voix est sublime
dès le premier morceau ; tout le public - sauf les invités blasés
qui conchient la pop - est scotché dès les premiers mots chantés
dans un micro qui semble miraculeux. Ce qui est encore plus fort,
c'est que notre homme reste sobre et n'en fait pas des tonnes, ce
qu'on pouvait lui reprocher au début de sa carrière. Les parties
vocales - qui pourraient être celles d'un fils caché de Jeff
Buckley et Thom Yorke - habitent littéralement des titres
bien écrits (avec une plume audacieuse, corrosive et revendicative)
joués avec une classe peu commune par un impeccable groupe : deux
choristes/ guitaristes, un contrebassiste, un batteur, un claviériste
et un guitariste électrique. Tout le monde se met au niveau - hallucinant
- du leader de ce combo rêvé, en restant discret et au service des
chansons. Quand la troupe quitte brièvement la scène pour permettre
à son chanteur de jouer deux morceaux au piano (This love affair
et Little sister), c'est tout simplement un moment à part
faisant s'arrêter la course du temps. En solo ou en groupe, le show
est donc d'une qualité assez incroyable jusque-là, et ce n'est pas
fini ! Après une chanson de Noël, Spotlight on Christmas,
fort à propos pour cette soirée riche en cadeaux musicaux féeriques,
Rufus Wainwright se met à jouer une chanson majestueuse
de Leonard Cohen, Chelsea hotel, écrite pour Janis
Joplin, et qui détaille crûment leur relation. C'est tellement
beau qu'on se dit que le public vient de vivre l'acmé du concert.
Et bien non, mesdames et messieurs.
Jesus is in the house
L'assistance éberluée à tout d'abord le privilège de voir la troupe
(sortie précipitamment de scène en laissant les instruments jouer
seuls) revenir habillée en apôtres tout de blanc vêtus. Tout ce
beau monde se lance dans une chorégraphie improbable, mais fort
drôle. Et là c'est le happening : des roadies déguisés en soldats
romains avec lunettes de soleil installent une croix et crucifient
Rufus Wainwright sur celle-ci, puis lui mettent un masque,
pendant qu'il interprète Gay messiah sous bonne garde...
Ce moment digne d'une comédie musicale mise en scène par le médiocrissime
Elie Chouraqui est aussi volontairement hilarant (ce qui
n'est pas le cas des Dix Commandements), que bref. On se
demande si on n'a pas rêvé, voire si quelqu'un n'aurait pas mis
à notre insu du LSD dans notre verre.
Hallelujah
Après avoir quasiment vu Jésus en vrai, un nouveau miracle se produit
: M. Wainwright revient jouer deux titres magnifiques.
Chantée en français dans le texte, La complainte de la butte
(une chanson popularisée par Cora Vaucaire en 1954, enregistrée
par la vedette du soir pour le BO de Moulin Rouge de Baz
Luhrman) nous plonge dans une félicité tout bonnement magique.
Quand le refrain - Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux,
les ailes des moulins protègent les amoureux - est interprété
d'une voix sidérante de beauté, on a très envie de fondre en larmes,
de joie. On fait bien de se retenir car sinon on se serait carrément
roulé par terre en pleurant juste après ; c'est au tour du mythique
morceau de Cohen, Hallelujah, d'être magnifié en compagnie
des deux choristes, elles aussi en grande forme vocale. Après de
telles merveilles, le dernier titre du concert, Beautiful child,
parait un peu fade, malgré ses qualités. On ressort de la Coopé
totalement converti par ce messie gay extraterreste, avec l'envie
de hurler « Hallelujah ! » sous la pleine lune.
Sites Internet : www.rufuswainwright.com
Pierre Andrieu
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, Jean-Michel Planat et de Michel
Michel
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