HEAVY TRASH
 


Critique du 15 décembre

Jon Spencer et Matt Verta-Ray aiment travailler ensemble. Tant mieux. Le duo, baptisé Heavy Trash pour des raisons dont on se tamponne, sort un albume énervant. Du rock fifties classieux qui n’a pas besoin d’être rendu artificiellement pêchu , mais qui ne tombe pas dans le piège d’une orthodoxie stérile et ennuyeuse. Tous les morceaux sonnent comme des classiques Sun. A la deuxième écoute, on commence à comprendre : les deux compères ont instillé dans les morceaux nombre d’influences rock postérieures, qu’on imaginerait rétroactivement issues de ce disque. Très fort. Pour nous achever, la paire new yorkaise réussit le tour de force de maintenir certains morceaux sur le fil entre rock et country, sans jamais sombrer dans le pénible. Du grand art, et du plaisir partagé.

Jon Spencer et Matt Verta-Ray aiment vraiment travailler ensemble. Heavy Trash, contre toute attente, part sur la route pour prêcher la bonne déglingue, et investit la coopé tard dans la soirée et sans filet. Spencer est fébrile, une folk amplifiée entre les mains, sans le secours du gros son, Verta-Ray est relax dans son complet fifties habituel, la demi-caisse à poste. Un batteur et un contrebasseux complètent l’équipe, qui n’ont pas l’air d’être les plus fins de la paroisse. C’est parti, Spencer gueule un speech introductif en grattant sèchement des accords sans fioriture, derrière, la rythmique s’ébranle et les meilleurs plans du rock’n’roll jaillissent de la guitare rauque de Verta-Ray.

C’est du bon, du tout bon. Le public apprécie visiblement mais reste déconcerté par un son peu rentre-dedans et des tempos mesurés. Il essaie toutefois de gueuler entre les morceaux mais le groupe enchaîne sans répit. Les titres de l’albume défilent, accompagnés de quelques reprises, dont un I don’t mind qui nous change de la version des Who. L’ambiance chauffe en continu à mesure de l’avancée du gig. Les morceaux en format scène sont exécutés avec plus d’énergie, mais l’esprit de l’affaire demeure intact. D’ailleurs, les morceaux énervants le restent, tel celui au beat génial dont le riff rappelle pourtant le Money de Pink Floyd. Under the Waves ou Yeah Baby sont des putains de bons moments de rock’n’roll. Après un peu moins d’une heure de plaisir, les quatre se retirent.

Rappel assourdissant de la part d’un public conquis, conscient de vivre un moment rare et privilégié. Retour prolongé des Heavy Thrash, réinstallant leur beat et leur classe sur la petite scène. L’affaire est plus relax car le combat est désormais gagné. Les morceaux s’allongent un peu, laissent place aux impros : imprécations allumées de Spencer et science guitaristique de Verta-Ray s’expriment sans retenue, mais avec feeling. Pas de frime. Les fantômes sont invités à la fête, et évidemment quelques mesures du Thats’Allright Mama, white rock fondateur, sont glissées dans un morceau. Le tout tourne au bordel quand un roadie, avec une gueule de Di Caprio cortisoné, débarque sur scène et s’empare tour à tour de la guitare et des baguettes. Le final retrouve un peu de cohérence. Il n’y aura pas d’autre rappel ; le public est heureux quand même. Il a raison.

Alix Volvo

Lire aussi la chronique de Jean-Michel Planat, Michel Michel et de Pierre Andrieu

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