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Critique du 16 décembre
« Yeaaaahhhhhhhh baaaabyyyyyyyy
!!!!!! »
« Si je pouvais changer d'identité,
j'aimerais bien être Jon Spencer ! » voilà ce que déclarait
un certain Jean-Louis Murat en octobre
2004, et il y a fort à parier que la forte tête auvergnate (qui
enregistre actuellement son nouvel opus) maintiendrait ses propos
en décembre 2005. Pour notre part, on aurait seulement aimé se mettre
dans la peau de Jon Spencer l'espace d'un instant
pour lui souffler de venir donner un concert au pied des volcans
d'Auvergne. Car même si nos rendez-vous avec lui s'étaient plutôt
bien passés, malgré des lieux et des conditions peu adaptés (Bourges
2002, Saint-Malo 2004 et Paris 2005), on rêvait secrètement de voir
le membre fondateur de Blues Explosion à domicile, et surtout
dans un petit club bondé ! Il faut croire que tout vient à temps
à qui sait attendre : alors qu'on commençait à désespérer, notre
homme récemment acoquiné avec Matt Verta-Ray décide - à notre
grande joie ! -, de poser son micro et sa guitare à Clermont-Fd
le temps d'un concert d'anthologie avec Heavy Trash. Tous
les fans de Jon Spencer qui font la queue dans
le froid à 23 heures pour acheter une place (Thomas Fersen
jouait dans la grande salle à 20h30) ont une sacrée envie de hurler
un tonitruant « Yeahhhhhhhh babbyyyyyyyy !!!!!! ». Mais
ils se réservent pour le concert. et ils ont bien raison !
« It's Heavy Traaaaaaaaaashhhh !!!!!!!!
»
Car si notre homme est capable d'être renfrogné sur scène (on se
souvient d'un récent concert en première partie des Hives
où l'indifférence du public à son encontre l'avait un peu refroidi)
et avec les journalistes (voir l'interview dans le journal local
La Montagne dont il ne ne reste que deux phrases lâchées du bout
des lèvres), quand il est sur scène devant un public bouillant,
il est tout simplement inarrêtable. Le concert du 8 décembre, prévu
pour se prolonger pendant soixante minutes, en a carrément duré
25 minutes de plus parce que notre homme et ses acolytes se sentaient
bien sur les planches et avaient en face d'eux un public des grands
soirs. Après avoir présenté une heure durant leur excellent et varié
album (rockabilly, ballades country rock fifties, folk, punk n'
blues, psychobilly) en hurlant force « It's Heavy Traaaaashhhh
!!!!!!!! » entre les morceaux, les quatre hommes regagnent brièvement
les loges... pour mieux revenir avec le sourire pour un rappel mémorable.
Jon Spencer avec son micro distordu et sa guitare électro
acoustique, Matt Verta-Ray et sa Gretsch magique, sans oublier
un contrebassiste échappé des convaincants Power Solo, un
batteur habité par le démon du rythme minimaliste et un ingénieur
du son jouant de la guitare, des claviers et des percussions derrière
sa console (!) enchaînent les titres avec des mines réjouies qui
en disent long sur leur bonheur de faire ce métier. Cet enthousiasme
juvénile (on a l'impression d'avoir en face de soi des gamins s'amusant
à jouer le meilleur du rock) est communicatif : la petite salle
de la Coopé (quasi complète) vit un de ses plus grands moments.
C'est une véritable cure de jouvence : après avoir vu Heavy Trash
sur les planches, impossible de ne pas ressentir une passion inébranlable
pour la musique du diable pendant les 40 prochaines années !
« Rock 'n roll will never die... »
Le disque d'Heavy Trash et sa brillante déclinaison scénique
sont deux arguments de plus à mettre au crédit de la thèse défendue
par Neil Young : « Rock 'n roll will never die ».
En puisant dans le meilleur de la musique des années 50 à nos jours,
Jon Spencer et son acolyte remettent au goût du jour les
inestimables Jerry Lee Lewis (auquel on pense très fort sur
le titre Yeah Baby), Johnny Cash (cette voix grave
à forte teneur en testostérone), Carl Perkins (ces éclairs
électriques décochés au moment opportun pour illuminer une chanson),
Link Wray (ces riffs et rythmiques psycho surf imparables),
Chuck Berry (ce côté accrocheur dans chaque morceau), Elvis
Presley et ses plus fervents fans les Cramps (pour les
hoquettements lubriques). Après avoir assisté à une demonstration
scénique d'Heavy Trash on a très envie de se replonger dans
les mythiques titres que sont Whole lotta shakin' goin' on,
Folsom prison blues, Rumble, Great balls of fire,
Roll over Beethoven, Blue suede shoes, Hound dog,
Human fly ou Jailhouse rock. Et forcément, tout cela
nous donne une petite idée derrière la tête : une séance de Boogie
Woogie à deux ne serait pas de trop. C'est malin, nous qui avions
des pensées pures, nous voici avec les plus inavouables envies !
Et tout ça à cause de Jon Spencer, une sorte d'Elvis
souffrant d'un persistant priapisme musical ; le rock n' roll le
fait toujours bander alors qu'il est dans le circuit depuis une
éternité. Cette ardeur est rafraîchissante au regard de la bande
de blasés snobinards qui fréquente le milieu, aussi bien sur les
planches que dans les rangs du public, des programmateurs ou des
rédactions. Mr. Spencer ne fait pas partie de ces
détestables personnages, ce gars-là transpire la passion et la générosité
quand il sent que son public n'est pas là par pose mais par nécessité
(manquer un concert de Jon Spencer, ça ne se fait
pas, c'est tout). Il mérite donc parfaitement la horde de fans qui
l'acclame à chacune de ses sorties. Quand les lumières se rallument,
on se dit que Jean-Louis Murat avait raison : ça
doit quand même être quelque chose d'être Jon Spencer !
A lire également, des comptes rendus de concerts de Blues Explosion
à Bourges
en 2002 et à la Route
du rock en 2004, ainsi qu'une critique du dernier disque
du trio de Jon Spencer.
Sites Internet : www.heavytrash.net,
www.blues-explosion.com,
www.yeproc.com.
Pierre Andrieu
Lire aussi la chronique de Jean-Michel Planat,
Michel Michel et de Alix
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