THE LORDS OF ALTAMONT + THE SUPPOSITORZ
 


Critique du 13 AVRIL

Garage Club chap. 2 : The Lords Of Altamont + The Suppositorz

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand) samedi 11 février 2006

Heavy Metal Thunder

Enfin un bon concert à la Coopérative de Mai en 2006 ! Le set de heavy metal garage enflammé et spectaculaire des Lords Of Altamont lors du Garage Club chapitre 2 a en effet singulièrement tranché avec le concert souvent pathétique et lourdingue des gamins peu inspirés de Kill The Young (du sous Muse - c'est dire le niveau ! - mélangé avec Nirvana et The Smiths, mais joué avec des moufles) et des rigolos pas drôles de Prototypes (de la m... qui ne passe pas la radio, c'est heureux !), quelques jours plut tôt.

Un déluge de décibels customisés


Sans rien inventer, mais en ravivant de manière virulente les cendres du rock garage en le jouant avec la sauvagerie d'un gang de bikers, les cinq Lords ont fourni une brillante démonstration de leur savoir-faire scénique. Dès les premières secondes de leur show, tout le monde est au taquet, les deux guitaristes poussent les amplis à fond, le batteur cherche à faire le plus de vacarme possible, le bassiste saccage son instrument avec la conscience professionnelle d'un dangereux fou échappé de l'asile et le chanteur/organiste hurle en malmenant avec délectation et sens du spectacle son Farfisa. A regarder du haut de la mezzanine du club de la Coopé, un endroit sympathique où l'on se souvient avoir assisté à des prestations désormais mythiques des White Stripes, des Von Bondies et des BellRays, c'est une véritable cure de jouvence. On se sent un petit peu comme Angus Young dans son costume d'écolier quand il est en train d'exécuter un solo en se roulant par terre : heureux de faire l'idiot, tout simplement. Ce déluge de décibels customisés et cette énergie méchamment rock 'n roll sont tellement jubilatoires, qu'on aurait presque envie de se jeter dans la foule en faisant un saut de l'ange depuis la rambarde. Mais finir aux urgences et rater la fin du concert serait une torture insupportable, on se contente donc de hurler comme un animal en rut en massacrant consciencieusement notre gobelet en plastique. Désolé, on fait ce qu'on peut ! En bas, ça ne faiblit pas, les morceaux sont composés pour headbanguer bêtement comme un primate et c'est sans doute ça qui fait plaisir à entendre : cette absence quasi totale de finesse.

Un impitoyable cyclone sonique à réveiller les morts !


Après un léger temps de réglage on entend enfin le Farfisa et la voix - joliment limitée - du chanteur arborant d'énormes lunettes noires. Et l'on remarque également sa propension à imiter à la perfection Lux Interior des Cramps dans sa gestuelle et ses acrobaties : ce monsieur s'amuse en effet à grimper sur son orgue pour mieux haranguer des premiers rangs, en complète ébullition. On les comprend, comment garder son calme et sa maîtrise de soi en prenant en pleine face ce savant mélange d'influences ? The Lords of Altamont, c'est en effet un peu comme si Psycho des Sonics était joué en même temps que Search & Destroy des Stooges, Born to be wild de Steppenwolf (le morceau où l'on parle pour la première fois de « Heavy metal thunder »), Kick out the jam du MC5, God save the queen des Sex Pistols, Whole lota love de Led Zeppelin, Space truckin' de Deep Purple, Thunderstruck d'AC/DC et Human fly des Cramps ; on vous laisse imaginer le résultat... Un impitoyable cyclone sonique à réveiller les morts ! Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre de leur album, Lords have mercy, les Lords of Altamont n'ont aucune pitié pour les tympans de leurs fans, mais c'est bien le moins qu'on pouvait attendre de cette bande de mauvais garçons qui roulent des mécaniques. Cerise sur le gâteau, le groupe américain - visiblement ravi de se produire sur scène en France - est convivial avec son auditoire, étire sa prestation avec de méchants rappels (où le Farfisa finit dans le public) et félicite chaleureusement les Suppositorz pour leur prestation en première partie, il est vrai fort réussie.

Turbo garage

Car non contents d'assister aux concerts rock de leurs groupes favoris (The Datsuns et autres combos virulents comme leurs « grands frères » des Plastic Gangsters, qui seront d'ailleurs remerciés. ) en pogotant comme des malades avec leurs amis énervés des Elderberries, les Suppositorz donnent des concerts véritablement puissants et rafraîchissants. Pour leur première apparition à la Coopérative de Mai, ils ont montré au grand jour l'étendue de leurs progrès et la qualité de leurs compositions « turbo garage », appellation d'origine contrôlée par eux-mêmes. Pour cela, rien de plus simple : il suffit d'appliquer la formule gagnante guitare/chant/basse/batterie/farfisa, qui a une nouvelle fois prouvé sa redoutable efficacité. Fascinés par les New York Dolls (le chanteur arbore un joli t-shirt - tout neuf - de son groupe fétiche), les Stooges, les Sonics, les Ramones et Turbonegro, les quatre jeunes gens survoltés ne tremblent pas quand il s'agit d'envoyer la purée dans les enceintes avec leur rock 'n roll garage énergique et classieux, chanté par un sosie vocal d'Iggy sacrément doué. Idéale pour débuter cette chaude soirée de février, la relecture scénique tonitruante de l'excellent premier album des Suppositorz, In denim we trust, fut une mise en bouche digne des meilleures scènes de Gorge Profonde : exécutée selon les règles de l'art punk rock garage, c'est-à-dire relativement vite (mais pas trop), incorrigiblement fort (sinon, on ne ressent rien) et raisonnablement crade (car c'est comme ça que c'est bon). Le bonheur était donc complet en ce samedi soir à la Coopé, où il ne fallait débourser que 10 petits euros (prix maximum constaté), ce qui n'est pas cher payé pour la qualité de la prestation, non ?

Sites Internet : thesuppositorz.chez.tiscali.fr (photos, mp3, bio), www.rockaucarre.com (pour acheter le disque des Suppositorz), www.fargorecords.com, www.lordsofaltamont.com, www.fargostore.com (les 11 titres de l'album sont en écoute).

A lire également, une chronique de Bagnoles, dragsters, autoroutes de l'enfer, le numéro 2 de la très bonne revue Minimum Rock 'n' roll.

Photos live à Marseille Pirlouiiiit.

Pierre Andrieu

Lire aussi la chronique de NM et de Jean-Michel Planat.

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