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Critique du 4 octobre
Scénario idéal pour le retour
de dEUS.
Ceux qui n'avaient plus confiance en dEUS pour sortir un
bon album en seront pour leurs frais : Pocket Revolution est un disque qui plane loin
au-dessus de la mêlée. Ceux qui prévoyaient une retraite anticipée
pour le groupe d'Anvers, à cause d'une relève de trop bon niveau
(Venus, Sharko, Ghinzu, Girls In Hawaï, Flexa Lyndo, John Wayne Shot Me, Austin Lace, Hollywood Porn Stars, etc), peuvent abandonner les
concours de pronostics : malgré les qualités de tous ces groupes,
dEUS - qui a montré la voie d'un succès hors des frontières
belges en sortant des disques ultra marquants - reste encore au-dessus
du lot en 2005. Ceux qui ne croyaient pas les hommes de Tom Barman
capables de donner à nouveau des concerts aussi évocateurs et planants
que furieux et dissonants peuvent faire leurs Mea Culpa sur-le-champ
: pour la deuxième date de sa tournée française - à la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand
- dEUS a parfaitement rassuré sur son potentiel scénique,
totalement intact.
Couronné par un rappel d'anthologie, le set d'une heure et quarante
minutes proposé par le nouveau line up du combo belge fut seulement
entaché par une coupure de son en façade. pendant le titre ayant
fait connaître le groupe en 1994, le mythique Suds & Soda
(le hasard fait parfois mal les choses). Mais si l'on excepte ces
dix secondes où la grande salle de la Coopé s'est retrouvée devant
un groupe non sonorisé, la soirée fut joliment réussie. Car, sans
surprise, le charismatique Tom Barman est un chanteur toujours
aussi captivant sur une scène, que ce soit dans un club comme le
Sonic Rendez-Vous en 1996, lors d'un show case acoustique dans un
magasin de disques, en 1999, en plein air lors d'un festival comme
Rock Au Max, la même année, ou à La Route Du Rock, en 2004 ; sa voix nicotinée façon
Tom Waits fait forte impression du début à la fin du show.
Son numéro d'équilibriste entre ses deux micros (l'un en son clair,
l'autre sauré) et ses guitares mérite, lui aussi, une salve d'applaudissements
nourris. Le leader de dEUS est, en plus, entouré par quatre
excellents musiciens, ce qui ne gâche rien, bien au contraire :
le membre fondateur Klaas Janzoons, un violoniste/organiste
donnant une couleur dissonante ou mélodique très réussie aux morceaux,
Mauro Pawlowski (ex Evil Superstars), un guitariste/choriste
absolument épatant et une section rythmique pas très loin de la
perfection (Stéphane Misseghers, un ex Soulwax, à
la batterie, et Alan Gevaert, anciennement avec Arno
sur les routes, à la basse). Si l'on ajoute à cela, un répertoire
hallucinant de qualité - le meilleur du dernier album et les titres
phares de The Ideal Crash, In a bar, under the sea
et Worst Case Scenario -, vous obtenez un scénario idéal
pour un concert.
Le secret de cette réussite se situe dans le fait que sur scène,
comme sur ses disques, dEUS se fait fort de provoquer un
jouissif crash entre ses influences : le blues rocailleux de Captain
Beefheart et Mr Waits, le rock aventureux du
Velvet Underground, le folk rock des Violent Femmes,
le rock indé des Pixies, le jazz de John Coltrane, les expérimentations
de Pere Ubu et les bidouillages foutrement barrés de l'électro.
Ce grand fourre tout musical passe par le filtre de l'inspiration
vagabonde de Mr Barman pour donner des atours vraiment spéciaux
à ses compositions. Redoutablement explosif, le cocktail ainsi créé
fait de dEUS un des groupes les plus singuliers à être apparu
sur la scène rock ces dix dernières années. Quand on se laisse prendre
dans les filets de morceaux tels que les classiques Instant Street
(toujours un génial moment de bravoure sur scène), Suds & Soda,
Fell off the floor, man, Theme from Turnpike, Worst
Case Scenario, ou les tout récents Bad timing, Sun
Ra, Nightshopping, If you don't get what you want,
il est quasi impossible de s'en extirper (dans l'hypothèse farfelue
où on le voudrait, ce qui reviendrait à être fou ou sourd).
Passer un concert entier à arpenter les montagnes russes sonores
de dEUS est véritablement une expérience unique. Grâce à
cet univers aussi éclectique qu'ébouriffant (et à des éclairages
d'une rare qualité), il est difficile de ne pas se laisser emporter
par les montées planantes, bercer par les ballades aux allures de
classiques intemporels, bousculer par les bourrasques soniques lardées
de guitares acides, aiguillonner par les violents assauts punk ou,
enfin, partir en vrille sur les embardées électronico jazz. Ce brillant
étalage de classe aurait mérité un public plus présent ; mais à
part ce relatif manque d'enthousiasme (et cette mini coupure de
son, argh !), le concert de dEUS fut tout simplement divin.
Sites Internet : www.deus.be,
www.v2.fr/deus
Pierre Andrieu
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