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Critique du 28 février
Last night a rock
show saved my life
Empêtré dans la morosité ambiante, laminé par un boulot
fatiguant, déprimé par un hiver sans fin, exténué par des nuits
sans sommeil, le concert de Red - avec Piers Faccini
en première partie - qui se profilait à l'horizon faisait
office de lumière au bout d'un long tunnel. Et il fut effectivement
une salvatrice bouffée d'oxygène et de convivialité au milieu d'un
océan de noirceur. Merci donc à ces deux artistes de nous avoir
mis un peu de baume au coeur.
Last night a rock
show saved my life
On dit que le blues panse les plaies de l'âme et c'est bel et bien
ce qu'il fit une nouvelle fois par l'intermédiaire de Piers Faccini
puis de Red. Dans des styles très différents l'un de l'autre,
les deux songwriters ont convaincu et fait voyager le public ; le
premier, Piers Faccini, en attaquant le blues par son côté
pop/folk/jazz avec une douce voix évoquant le divin Nick Drake,
puis en se lançant sur les traces de Neil Young & Crazy Horse
avec une guitare électrique au son délicieusement roots, voire en
laissant planer le fantôme des Doors grâce à un excellent
orgue Hammond, ou encore en prouvant qu'une basse jazzy n'est pas
forcément soporifique. La plupart des morceaux de Piers Faccini
furent donc un véritable bonheur de finesse avec des parties vocales
onctueuses se posant sur des compositions empreintes de classe.
L' homme - ténébreux et presque distant au début - finissant son
concert tout sourire grâce à l'accueil très chaleureux et enthousiaste
d'un public conquis par ses chansons.
Quant au second, le toujours
surprenant Olivier Lambin (alias Red), en
se la jouant ultra rock avec un chant râpeux entre Bonnie « Prince
» Billy, Tom Waits et Johnny Cash, il a permis
un trip sur les terres américaines balayées par des vents mauvais.
Il faut dire que sa voix caverneuse et rocailleuse de vieux bluesman
est parfaitement soutenue par Jérôme Escoffier, un guitariste
décochant des riffs tranchants, Tonio Marinescu, un batteur
comme on aimerait en voir plus souvent, et Léo Prudhomme,
un clavier sachant colorer le son juste comme il faut.
La puissance et la rugosité
du quatuor feront merveille tout au long du set, mais la reprise
très velvetienne de Smog fut tout simplement mémorable.
Rien d'étonnant à cela : quand Red reprend un titre, c'est
souvent bouleversant, ses versions de The partisan de Leonard
Cohen, The beast in me de Nick Lowe ou Road
to nowhere des Talking Heads sont là pour le prouver.
On le savait déjà depuis quelques temps, mais avec Red on
tient un artiste de calibre international ; ses collaborations répétées
avec Will Oldham ne sont vraiment pas le fruit du hasard.
Malgré leurs différences, Piers Faccini et Red trouveront
finalement un « terrain d'entente » en reprenant chacun un titre
du commandeur Bob Dylan : Piers Faccini
magnifiera encore (s'il était possible) le superbe et toujours d
'actualité Masters of War, en l'interprétant à la Nick
Drake dans une version pop folk très intense. Red, quant
à lui, dynamitera de l'intérieur le titre I'll be your baby tonight
pour en faire un fascinant blues rock.
Si certains spectateurs sont
partis avant la fin (dans quelques temps, ils le regretteront sans
doute), tout simplement fatigués ou déroutés par l'aridité du propos
de Red, ces deux concerts beaux à s'en relever la nuit nous
empêcheront de fermer l'oeil pendant de longues heures.
A lire également : une interview de Red
réalisée en 2002, des chroniques de ses concerts à la Boule Noire en 2001, à
la Coopé en 2002 et au festival de
Sédières en 2004, ainsi
que la critique de son avant dernier disque 33 (en attendant
celle de Nothing to celebrate, son nouvel album). Sites Internet
: www.universalmusic.fr, www.piersfaccini.com, www.label-bleu.com.
Photo : Flore-Anne Roth
Pierre Andrieu
Lire aussi la chronique de Michel
Michel
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