|
Critique du 30 mars
Joyeuses
Pâques avec les Pascals !
En ce week-end pascal propice au recueillement dans les églises
et aux overdoses d'oeufs en chocolat, la Coopérative de Mai, dans
le plus grand respect du calendrier religieux, avait choisi de programmer
le groupe japonais Pascals. Malheureusement, le public n'a
pas répondu présent, sans doute trop occupé à prier pour Jean-Paul
2, le prince Rainier ou Jésus. Grossière erreur, la centaine
de personnes ayant fait « l'effort » de se déplacer est repartie
enchantée par la prestation réjouissante des Pascals. A la
fin du concert, certains arboraient même des sourires de bienheureux,
comme s'ils venaient d'assister à une apparition simultanée de La
Vierge Marie et de Dieu.
Des symphonies enfantines adressées
au dieu Pascal Comelade
A moins d'être aveugle et sourd, difficile de rester de marbre devant
une prestation aussi réussie : les treize Japonais produisent en
effet une musique à la fois expérimentale, festive, mélancolique
et enfantine, en proposant - ce qui ne gâche rien, au contraire
- un véritable spectacle entre mime, comique et performance. Cette
fanfare branquignolesque à tendance dangereusement cacophonique
a la remarquable particularité d'utiliser les instruments de manière
décalée (voire d'en inventer) pour créer des symphonies enfantines
adressées au dieu Pascal Comelade (le nom du groupe vient
de là).
Pourtant, de prime abord, tout a l'air « normal », il y a
un chef d'orchestre, une section de cordes (violons, violoncelle),
des cuivres, un batteur, un percussionniste, un guitariste, un banjoiste.
Mais dès le premier morceau, on remarque que la batterie est faite
de bric et de broc, que le violoncelliste joue aussi de la scie
musicale, que le percussionniste tape sur des jouets d'enfants,
que le responsable du banjo joue du kazoo, que le leader de la troupe
joue du mélodica de manière très originale. Et ce n'est pas fini,
entre deux discours désarmants de naïveté et de gentillesse (où
l'on comprend mieux les problèmes rencontrés par Bill Murray
dans le très beau film Lost in Translation), les pitreries
se succèdent, toujours au service de la musique, de plus en plus
bizarre et dissonante.
Le clown du groupe joue maintenant avec un Donald Duck en plastique
qui fait « pouet pouet » quand on appuie dessus, il exécute
même un solo de chat en peluche, quand il ne se lance pas dans une
rythmique avec deux trompettes en plastique à réserver aux moins
de deux ans. Renforçant encore le côté onirique du spectacle des
Pascals, il déambulera un peu plus tard en faisant sortir
une nuée de bulles de savon de son clairon pour enfant. L'oeuf de
Pâques qui trône sur le devant de la scène n'en revient pas lui-même.
Concerto pour meuleuse
et violoncelle
Vers la fin du concert, le préposé au violoncelle (bouleversant)
et à la scie musicale (magique) qui produit des sons superbes avec
ses deux « outils de travail » décide de péter les plombs en beauté.
Il retourne son instrument de prédilection et, un peu comme Thurston
Moore triturant sa guitare avec un tournevis, il frotte la pointe
en fer de son violoncelle avec un ustensile non identifié, donnant
ainsi une touche métallique à notre troupe foutraque. Cerise sur
la gâteau, en fin de morceau, il dégaine une meuleuse (oui, vous
avez bien lu) et attaque le métal, produisant d'énormes gerbes d'étincelles.
Pendant ce temps-là, notre ami sumo performer se lance dans un spectacle
de mime - aussi émouvant qu'hilarant - avec un masque japonais et
un ruban de scotch rouge. André Rieu, le Rondo Veneziano
au grand complet et Herbert Von Karajan auraient farouchement
désapprouvé cette mascarade, s'ils avaient pu être présents. Tant
mieux. Le public, lui, répond au quart de tour à la musique des
Pascals, autant qu'à leurs facéties. Les spectateurs se transforment
même très souvent en danseurs hurlant leur joie d'être là. Rien
de plus normal car les morceaux se suivent et ne se ressemblent
pas du tout, intégrant avec talents des influences aussi disparates
(en apparence seulement) que les musiques tzigane, expérimentale,
classique et concrète, le rock (rigolo), le jazz (barré), le reggae
(égyptien), la country folk (western) et les ouvres (magiques) de
Pascal Comelade et Jonathan Richman.
Des étincelles plein les
yeux et les oreilles
Après un rappel d'anthologie où ils disent Abiento
à tout le monde, la fin du concert laisse le public avec des étincelles
plein les yeux et les oreilles (pas seulement à cause de notre hurluberlu
métallurgiste), le coeur rempli d'allégresse et les jambes en compote.
Une nouvelles fois, les Pascals ont prouvé qu'ils étaient
grands, très grands. Et ce n'est pas le solo de banjo proprement
hallucinant auquel l'assistance médusée assiste en guise de final
qui me fera mentir... Après ces intants incroyables, une impression
irréelle domine : celle d'avoir assisté au spectacle féerique d'une
bande de doux rêveurs n'hésitant pas à laisser parler leurs âmes
d'enfants. Drôle, émouvant, surprenant, le show des Pascals
fait partie de ces moments où l'on se dit que sans la musique, on
s' emmerderait fermement sur cette Terre. Joyeuses Pâques !
A lire également : la chronique du concert donné par les Pascals
au festival les Efferv'Essonne en 2003 et la
critique du dernier disque de l'orchestre japonais déjanté. Site Internet
: www.dsa-wave.com
Pierre
Andrieu |