|
Critique du 1er avril
Le groupe français Kill
The Thrill a donné un concert absolument renversant en première
partie des Tambours du Bronx fin février à la Coopérative
de Mai. Le problème, c'est qu'il a dû jouer tout son set devant
un public incroyablement apathique attendant une seule et unique
chose : la « brillante » démonstration de destruction en
règle de fûts de pétrole par une bande de déménageurs musclés,
véritables fantasmes sur pattes pour la ménagère de moins de cinquante
ans.
C'est donc devant plus de mille personnes assises dans les gradins
(d'où ne descendront que quelques applaudissement polis) et cinquante
courageux dans la fosse que le trio métal indus a dû se produire.
On n'avait pas vu accueil aussi glacial depuis des lustres, un grand
merci donc au public des Tambours du Bronx pour cette démonstration
de curiosité et d'ouverture d'esprit !
Après tout, peu importe : des gens qui écoutent les disques enregistrés
par trente chevelus torse nu cognant comme des sourds sur de la
tôle ne peuvent pas connaître grand chose de la musique. Kill
The Thrill devrait donc presque prendre comme un compliment
ce dédain manifeste. Les ambiances sombres et malsaines délivrées
par Kill The Thrill méritaient pourtant un tonnerre d'applaudissements
: le maelström sonore extrêmement torturé produit par un guitariste/chanteur,
une bassiste, un deuxième guitariste et des machines a vraiment
quelque chose d'aussi unique que puissamment évocateur.
La présence immobile et inquiétante du chanteur (croisement entre
Bertrand Cantat et Rodolphe Burger pour le physique),
sa voix absolument terrifiante (semblant émaner d'un monstre enfermé
dans un sous sol depuis trop longtemps) ont de quoi marquer les
esprits pour un bon moment...
Les rythmes lourds ajoutés à l'enchevêtrement des guitares et de
la basse sursaturés également. L'espace d'un instant, on pense aux
excellents Young Gods, pour l'utilisation percutante des
machines et la puissance des morceaux. Plus tard, une composition
avec des boucles sonores montant vers le ciel remet en mémoire le
travail de My Bloody Valentine et de son leader, Kevin
Shields.
En voyant Kill The Thrill sur scène, on se prend une violente
décharge de rock en pleine gueule, avec des éclats très coupants
de métal, de musique industrielle et de punk/hardcore. Avec l'aide
des lumières - superbes -, les morceaux de Kill The Thrill sont
une véritable plongée en apnée dans les tréfonds d'une âme en proie
aux plus inavouables démons. Ils sont si tourmentés, qu'on pense
sincèrement que la plupart des titres ne dépareraient pas la bande
son d'un film déjanté de David Lynch.
A la fin du concert, une dizaine d'applaudissements se font timidement
entendre ; écoeuré, le groupe débranche son matos dans l'indifférence
générale. Une demi heure plus tard, c'est devant un public quasi
en transe que le « nouveau » spectacle des Tambours du
Bronx (immortalisé pour un dvd, mais on préférera attendre le
nouvel album de Kill The Thrill prévu pour mai 2005.) se
déroule, sans surprise. Parfois, il ne faut même pas essayer de
comprendre.
Site Internet : killthethrill.free.fr
Pierre Andrieu
|