|
Critique du 17 novembre
Déportivo c'est toujours le même
le morceau, encore et encore (et on est pas d'accord)
Dans le programme de la Coopérative de Mai, une
personne bien intentionnée nous signalait fort aimablement
que Déportivo avait eu les honneurs des Inrockuptibles.
A l'écoute du lamentable single (l'hilarant La salade)
de ce trio approximatif, on doutait déjà du bien fondé
de cette mise en avant orchestrée à coup de pages
de pubs achetées et autres petits arrangements entres gens
du métier ; après avoir subi le concert de Déportivo
ont peut dire que les derniers restes de crédibilité
de l'hebdomadaire qui aurait dû rester mensuel se sont définitivement
envolés. A vouloir chasser sur le terrain de l'illisible
et démago Rock Sound, on en perd sa spécificité.
Mais revenons à nos moutons : le concert insupportable de
Déportivo. Après une intro assurée par
Georges Brassens (Les trompettes de la renommée),
il a fallu subir l'hystérie collective d'une bande d'adolescents
pour une démonstration absolument pathétique. Textes
ineptes et pseudo rebelles majoritairement en français (on
les comprend donc : « Ma soeur est née dans une
salade, mon père cultive la panade, moi je grandis en m'énervant,
les genoux niqués évidemment » (sic), c'est
puissant comme du Damien Saez), riffs de guitares éculés,
cris soi disant révoltés singeant l'irremplaçable
Kurt Cobain, compositions mélangeant les influences trop
lourdes de Noir Désir, The Clash et Nirvana.
Très rapidement, on a la désagréable impression
d'écouter toujours le même morceau, et c'est très
chiant, d'autant que les kids acclament cette parodie éhontée
de punk rock. Pour essayer de ne pas lasser (c'est trop tard ),
Déportivo reprend à tour de bras (et mal) des
chansons de ses idoles : Les bières d'aujourd'hui s'ouvrent
manuellement de Miossec, Territorial Pissings
de Nirvana, Guns of Brixton des Clash. Dans
un éclair de lucidité, le chanteur laisse (enfin !)
la place à Ghinzu sur ces paroles, « Ils
sont pas mauvais ces petits salopards de Ghinzu ».
Oui, tu peux le dire et ça fait une grosse différence
avec ton groupe.
Ghinzu : concert du mois, de la rentrée,
de l'année ?
Ghinzu pourrait être un des innombrables
groupes belges qui inondent le marché français (à
notre grande joie), et ça serait déjà pas mal.
Mais Ghinzu est beaucoup plus encore : tout simplement un
ovni musical à même de transporter pendant un peu plus
d'une heure une assistance entière dans ses ambiances cinématographiques
hantées par des psychokillers assoiffés de sexe. Dès
l'intro - la saisissante montée en puissance de Blow
-, le spectateur, hébété, se retrouve au beau
milieu d'un film inquiétant de David Lynch où
les claviers d'Angelo Badalamenti sont pris à partie
sans ménagement par les guitares délétères
de Rammstein. Tout de noir vêtus, arborant
leurs désormais légendaires perruques, les 21 st century
crooners rivalisent d'énergie, de violence et de finesse
pour construire un univers nosferatuesque. Une voix versatile et
prenante, des claviers planants ou sauvagement violentés,
des guitares magistralement dissonantes ou délicieusement
pop, une rythmique du feu de Dieu sachant aussi se faire discrète
: Ghinzu est un combo protéïforme capable de
changer de visage en quelques secondes, comme son leader déjanté
John Stargasm. Le terme « maelström sonore
», souvent galvaudé, trouve ici tout son sens. C'est
un incroyable ouragan sonique qui traverse la Coopérative
de Mai, totalement dévastée à la fin du show
de Ghinzu. Les fans de Déportivo comprennent
leur douleur, et ne trouvent rien d'autre à faire que de
pousser des cris stridents comme si les Beatles étaient
sur scène. Au septième ciel, on déguste en
rappel une version ghinzuesque de Purple rain de Prince,
puis le concert se conclut avec l'immense et cauchemardesque 'Til
you Faint. Inoubliable, comme une infernale virée en
dragster en compagnie d'une High voltage queen.
A lire également: la
chronique de l'album Blow de Ghinzu.
Site Internet : www.ghinzu.com,
deportivo-legroupe.artistes.universalmusic.fr
Pierre Andrieu
|