|
Critique du 18 mai
L'étape clermontoise
du festival Les femmes s'en mêlent a permis de découvrir
sur scène trois chanteuses évoluant toutes dans la « scène musicale
féminine indépendante », mais dans des styles très différents.
Résultat des courses : on est tombé immédiatement sous le charme
de Regina Spektor, on a adoré se faire violenter par le groupe Metric
et on a moyennement aimé Coralie Clément.
Regina Spektor
Pas besoin de tergiverser,
Regina Spektor a tout pour plaire : des chansons pop/folk
magiques (qu'elle joue en solo au piano ou à la guitare), une voix
aussi mutine que troublante (où l'on retrouve un peu de Tori
Amos, Cat
Power et Fiona Apple) et un physique de rousse plantureuse
qui fait son petit effet. La jeune américaine d'origine russe (qui
n'est pas la fille cachée du remarquable producteur Phil Spector)
a délivré sur la scène du club de la Coopé un set absolument charmant
entre pop aux mélodies imparables, folk émouvant et rock new-yorkais
immédiat.
Si elle ressemble un peu à une sage Tori Amos quand elle
s'accompagne au piano face au public, elle peut se transformer en
sosie calme de Poison Ivy (The Cramps) quand elle
se saisit d'une guitare électrique. Mais quel que soit l'instrument
choisi, elle en joue d'une manière originale, qui ferait hurler
les sempiternels puristes musiciens. Elle est par exemple capable
de jouer une mélodie d'une main sur son clavier en frappant une
chaise avec une baguette pour faire un rythme bizarroïde. La manière
dont elle utilise l'instrument rock par excellence, la guitare,
est elle aussi décalée ; la belle triture les cordes à sa façon,
pour en sortir des sons surprenants.
En clair, le charme de Regina Spektor a pleinement opéré à la Coopérative
de Mai, et c'est vraiment à regret qu'on l'a vue regagner les loges.
Metric
Pendant le changement de plateau, une personne bien intentionnée
nous abreuve de titres des Stooges
et de Sonic
Youth, une parfaite mise en condition pour le concert du
quatuor Metric, qui déboule sur scène peu après. Les trois
garçons et la fille sont habillés en noir, et ils ont tout l'air
de vouloir se la jouer rock 'n' roll.
On ne va pas ici vous réexpliquer le système métrique à la manière
de John Travolta avec Samuel L. Jackson dans Pulp
Fiction. Essayons plutôt de comprendre comment le groupe
Metric fonctionne, c'est relativement simple. Les hommes
produisent un boucan d'enfer avec force riffs accrocheurs, batterie
hystérique et basse énervée, ils ne rechignent pas à partir sur
les plates bandes bruitistes des amis de Thurston Moore,
entre deux escapades disco punk ou New Wave. De son coté, la chanteuse
se « contente » de toiser le public une bière à la main,
de vociférer dans les graves comme James Osterberg (alias
Iggy Pop), de chanter comme Debbie Harry (Blondie)
ou Kim Deal (Pixies,
Breeders), sans oublier de se lancer dans quelques notes atones
façon Kim Gordon (Sonic Youth), avant de se jeter
sur son clavier pour en sortir des sons aigrelets typés années 80.
Les morceaux tiennent la route, sont incroyablement efficaces, sonnent
bien et donnent une irrépressible envie de finir dans le décor,
à force de trépigner et de gesticuler. Si certains font la fine
bouche, la majorité du public passe un (très) bon moment avec un
groupe classieux, une excellente chanteuse - avec une présence énorme
- et une cargaison de tubes montés en kit pour marcher. Le plus
connu d'entre eux, intitulé Dead disco, a la particularité
d'être une quasi reprise de A Forest de The Cure,
version disco punk. C'est osé de ne pas citer Robert Smith
dans les crédits ! Car la ligne de basse est presque similaire,
les breaks tombent au même moment et les sons de guitare semblent
tout droit sortis de Seventeen seconds, Faith ou Pornagraphy.
Mais après tout, tant que le morceau marche et que tout le monde
s'éclate ! C'est pleinement le cas, donc... On attend avec impatience
le nouveau disque et la prochaine tournée de Metric.
Coralie Clément
Difficile de passer après un tel tourbillon sonique, quand on est
la petite sour du mal aimé de la chanson française, Benjamin
Biolay, quand une grande partie du public prend la
direction de la sortie assez rapidement et quand on est une jeune
femme charmante comme Coralie Clément.
Dès qu'on la voit arriver et peiner sur les premiers morceaux, on
pense fortement à la brillante prestation d'Olivia
Ruiz de la Star Ac', mais c'est un peu méchant.
Car Coralie Clément se présente sans fard, au naturel et
ne fait pas de caprices de stars ; elle essuie les remarques des
gros lourds sans broncher, en se concentrant sur son chant qui est
souvent un peu limite, il faut le dire. L'option rock choisie sur
certains titres n'est pas vraiment une bonne idée : la voix peine
à se faire entendre et même à sonner juste. Si l'on excepte ces
titres, et le très mauvais single - Kids (le jeu du foulard)
- écrit avec ses pieds (pour une fois) par Biolay,
il y a de très bons moments quand le ton se fait plus folk/pop :
la voix peut susurrer sans craindre de se faire couvrir par une
intervention lourdingue du guitariste. Les morceaux sobres et doux
sont réussis, on pense même aux meilleurs moments de Carla
Bruni, une autre chanteuse limitée vocalement mais qui dégage
indéniablement quelque chose. Les deux reprises touchantes d'«
un artiste que vous devez connaître » (Billy bob a raison
et Pourtant) permettent à Mademoiselle Clément de partir
sur une bonne note.
En sauvant, in extremis, les meubles : elle a même droit à un rappel,
qu'elle honore sans chi chi malgré une salle désormais presque vide.
La route sera longue et tortueuse, il y a déja eu quelques virages
mal négociés, mais si elle persévère, Coralie Clément devrait
faire carrière.
Pierre Andrieu
Sites Internet : www.ilovemetric.com,
www.reginaspektor.com,
www.coralieclement.com,
www.lfsm.net
|