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Critique du 17 novembre
Brigitte Fontaine, c'est du pipeau, c'est
bon pour les gogos.
Brigitte Fontaine sur scène à
la Coopérative de Mai, c'est du pipeau, c'est bon pour les
gogos, voilà ce qu'on a pensé à la fin du concert
de la désormais ex-reine des Kékés. Contrairement
à son dernier passage dans le même lieu en 2001 - réjouissant
malgré un son un peu « variétés
» -, cette fois-ci Brigitte Fontaine fait son âge
: pas en forme, mal lunée, sans inspiration dans ses discours,
massacrant nombre de ses chansons sans vergogne. Certes, le chef
d'orchestre - Areski Belkacem - essaie bien de prendre les
rennes pour faire oublier les absences de sa compagne, mais il n'est
pas très inspiré lui non plus : il joue du tambour
sans avoir pris la précaution de se brancher ou il exécute
des percussions numériques d'une fadeur sans nom. De surcroît,
c'est lui qui est responsable de la mise en son uniforme des chansons
sur scène, c'est d'autant plus dommage que les deux derniers
disques sont plutôt bien produits. Monsieur Belkacem
s'étonne de la froideur du public et ne cesse de haranguer
les gens pour qu'ils applaudissent ; si le spectacle était
de qualité, ils le feraient sans doute d'eux mêmes.
Quelques éclairs de génie,
ici et là
Maintenant que les errements ont été évoqués,
il faut signaler que quelques moments ont permis de sauver (un petit
peu) la soirée. La chanson Le vent d' Automne interprétée
par Areski avec les commentaires hilarants de Brigitte
derrière le rideau est vraiment une excellente entrée
en matière. La dissonance des cordes sur Demie clocharde
rassure un peu sur les capacités du violoniste et du violoncelliste
à proposer des sonorités différentes (ce qu'on
ne pouvait pas imaginer jusque-là. ). La symphonie pastorale,
interprétée avec pour seul accompagnement un clavier
sobre et classe (pour une fois), ne fait que confirmer que le pouvoir
de fascination de Brigitte Fontaine est intact,
quand elle y met un minimum du sien. Folie, jouée
avec le même écrin musical dépouillé,
est une occasion d'entendre sur scène un texte audacieux
et mordant de Brigitte sur les inepties écrites sur
sa « folie » à longueur d'articles par
des « scribouillards qui chient leur copie ». Enfin,
Riffifi et Les zazous ont permis de voir partir
la troupe sur une note gaie, tout en faisant regretter l'absence
de -M- à la guitare. Malheureusement, le rappel ne
fera que confirmer le manque d'imagination général,
celui-ci se terminant par une version longuette de Pipeau,
comme sur la précédente tournée.
Enfin un peu de folie avec Hyperclean
Plutôt que de faire appel aux chanteurs de Zebda
pour une resucée assez navrante du Nougat, Brigitte
Fontaine et Areski Belkacem devraient demander
des conseils pour rajeunir leur son à leur excellente première
partie sur toute la tournée, Hyperclean. Contrairement
à ce que son nom pourrait faire croire, le groupe originaire
de Toulouse est souvent hyper crade dans ses instrumentations, (n'hésitant
pas à être bruitiste grâce à un guitariste
aventureux) et dans ses textes, souvent très osés
et gorgés d'un surréalisme teinté d'ironie.
En naviguant à vue entre rock virulent, pop second degré,
chanson folk extraterrestre et ovnis musicaux, Hyperclean
capte immédiatement l'attention de son auditoire, le chanteur
déchaîné - Frédéric Jean
- n'étant pas le dernier à mouiller la chemise pour
s'attirer les faveurs du public : mimes drolatiques, facéties
ininterrompues, chant surprenant et discours sans queue ni tête.
Les rumeurs étaient vraies : un vent de folie souffle sur
scène quand Hyperclean est sur les planches, on aurait
aimé qu'il en soit de même lors de la prestation de
Brigitte Fontaine.
A consulter également : les comptes-rendus
des concerts de Brigitte Fontaine à
la Coopérative de Mai en 2001 et au Théâtre
de Troyes en 2003, ainsi que des chroniques
de ses derniers disques.
Sites Internet : hyperclean.free.fr,
www.brigitte-fontaine.com
Pierre Andrieu
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