|
Critique du 17 novembre
Quand on aime, on ne compte pas. Malgré
le nombre important de fois (5) où il nous a été
donné d'assister à des concerts de la Tournée
des grands espaces d'Alain Bashung, une dernière étape
ne se refuse pas, surtout qu'on annonce des bouleversements dans
les morceaux interprétés et Daniel Darc en première
partie.
Fred, le nouveau Tété
?
Malheureusement au dernier moment, une personne mal intentionnée
a jugé bon d'ajouter Fred en début de soirée.
On se demande encore pourquoi : ce monsieur s'accompagnant avec
sa guitare chante des textes sans intérêt sur des musiques
du même acabit, vraiment aucun rapport avec les univers sombres
et fascinants de Bashung et Darc. Par conscience «
professionnelle », on essaye de tenir quelques morceaux
mais, non, rien n'y fait, Fred produit une musique aussi
plate, consensuelle et proprette que le désespérant
Tété. Oui, vous savez, le brillant auteur de
A la faveur de l'automne, la pire chanson de l'année.
Daniel Darc, ténébreux,
émouvant et convalescent
« Bonsoir je suis Daniel Darc. » Arrivé
sur scène comme un anonyme contraint de se présenter,
l'ex-chanteur de Taxi Girl semble être dans un mauvais
jour, il a l'air perdu, désespéré et absent.
Le premier concert de la nouvelle tournée (qui se terminera
le 14 décembre à l'Olympia) sans le précieux
Frédéric Lo à la guitare, semble le
terrifier, il ne parlera que très peu, contrairement au concert
mémorable des Eurockéennes de Belfort 2004.
L'absence de son compagnon de route se fait cruellement sentir dans
les arrangements, Alice Botté cabotine torse nu sous
son blouson de cuir mais sa guitare manque de présence et
de justesse, Denis Clavaizolle se perd parfois dans des sonorités
un peu trop kitsch pour l'occasion, la basse et la batterie sonnent
approximatives. En clair, au début rien ne va ; le son est
mauvais, les lumières sont trop fortes et les spectateurs
paraissent gênés par le regard terrifiant de Daniel
Darc. Seul le cri du cour (« non ! ») d'un
spectateur à la fin de la chanson (Suis-je) Inutile et
hors d' usage arrache un sourire timide à celui qui semble
avoir envie d'en finir vite, dans tous les sens de l'expression.
Puis les choses s'arrangent un peu, et le public peut donc apprécier
sur scène les morceaux poignants de l'album Crèvecoeur.
Daniel Darc se fait violence pour assurer une fin du concert
réussie avec un touchant Psaume 23 intercalé
entre d'excellentes reprises de Taxi Girl (Cherchez le
garçon, N'importe quel soir et Quelqu'un comme toi).
Daniel Darc semble encore convalescent.
Un Bashung, rock, dépouillé
et étourdissant
Quel privilège d'assister à un nouveau concert
d'Alain Bashung avec quantité d'anciens morceaux non
joués sur cette tournée, des arrangements différents
(Geoffrey Burton et Ad Cominoto ne sont plus là
pour assurer guitare et claviers) et une mise en scène plus
sobre (sans écrans, ni pyramide scénique mais avec
un décor fait de rochers). Comme d'habitude, Bashung
parlera peu et se contentera de chanter ses textes uniques d'une
voix toujours aussi singulière. Pendant près de deux
heures, de l'immense Angora joué en solo au final
magistral sur un Madame rêve plus que jamais émouvant,
le mystérieux chanteur gardera son incroyable aura. Entre
ces deux morceaux de bravoure, les spectateurs auront la joie de
voir Bashung et ses musiciens revisiter les titres marquants
des albums Roulette russe, Play blessures (J'envisage,
Scènes de manager et Martine boude), Figure imposée,
Novice (Pyromane et Alcaline enchaînés), Chatterton,
Fantaisie militaire (très bien représenté)
et L'imprudence (beaucoup moins présent cette fois-ci).
Une occasion unique de constater que les titres sélectionnés
tiennent encore parfaitement la route en 2004, même s'ils
ont été enregistrés il y a longtemps, comme
Bijou Bijou ou What's in a bird.
Ces moments d'une beauté presque irréelle resteront
sans aucun doute gravés dans les mémoires des personnes
présentes ; pour notre part on se souviendra longtemps d'Aucun
express (présenté ainsi : « J'ai essayé
d'écrire une chanson d'amour, je dis bien essayé.
»), du captivant A perte de vue, d'une version belle
à chialer de L'apiculteur et de Night in white
satin (une reprise magique des Moody Blues introduite
par ces humbles mots : « Voilà une chanson que j'aurais
vraiment aimé écrire... »), quelques perles
inoubliables parmi tant d'autres jouées lors de cette soirée
magique.
A consulter également : une
interview de Daniel Darc, la
chronique se son dernier disque, ainsi que des comptes rendus
de ses concerts à Belfort
et Sédières,
sans oublier les chroniques des derniers
albums de Bashung et de ses concerts à la Coopérative
de Mai en septembre
et octobre 2003, à Vichy
et à Sédières
en 2004.
Site Internet : alainbashung.artistes.universalmusic.fr,
www.danieldarc.net
Pierre Andrieu
|