Critique
du 17 mars
La dernière soirée des Volcaniques de Mars est traditionnellement
une occasion de péter joyeusement les plombs en découvrant
des jeunes groupes de rock festif (dans le bon sens du terme) ;
l'édition 2004 de ce festival défricheur na
pas dérogé à cette excellente règle...
Les années précédentes
King Khan et Bee
Dee Kay & The Roller Coaster avaient littéralement
enflammé le Pocoloco, cette année Bikini Machine
et surtout Hawaïï Samouraï ont brûlé
les planches de la Coopérative de Mai après une bien
pâle prestation des vétérans du punk rock, les
Burning Heads, aux abonnés absents
Sans inspiration, avec un nouveau guitariste perdu sur scène,
le quatuor orléanais fait peine à voir dès
le début de son concert. Ses prestations en 1996 dans un
Sonic Rendez-Vous transformé en immense pogo et en 2001 ici
même à la Coopé
en version reggae/punk laissaient pourtant un excellent
souvenir, mais là en 2004, c'est une autre histoire
Heureusement, les quelques morceaux reggae évitent davoir
la douloureuse impression dentendre le même morceau
en boucle, mais rien ny fait : de nombreuses personnes choisissent
daller se rafraîchir au bar. Et il est bien difficile
de leur donner tort.
Après cette mauvaise surprise, le concert de Bikini Machine
a pâti du manque de public réuni dans la grande salle,
une partie de lassistance devisant toujours au bar ou sétant
éclipsé discrètement. On peut donc seulement
reprocher à lexcellent batteur et honnête chanteur
de Bikini Machine son manque de charisme et dénergie
quand il se trouve derrière le micro, ce qui navait
pas frappé aux EffervEssonne
devant une Magic Mirrors survolté. Sur la petite scène,
devant un club bondé, le groupe rennais se serait sans doute
mis au diapason de son guitariste/batteur, déchaîné
dès son arrivée sur scène
Malgré cela, le combo - superbement éclairé
- se livre à un exercice de haute voltige en mélangeant
dans son shaker ultra groovy samples de musiques de films sixties,
boucles électroniques, guitares surf, et rock garage remuant.
Difficile de tenir en place avec une telle recette quand elle est
parfaitement réalisée - comme ce fut le cas, une fois
encore ! Le résultat de ce tourbillon musical : musique surf
(Bikini Theme), soul survoltée (Whos gonna
make it ? et Monkey bum bum), electro (Bongos and
burgers), chant de Noël Rhythm & Blues (Santa Claus)
et electro rock garage (Have love will Travel des Sonics)
Finalement, Bikini Machine a réussi lexploit
de faire sortir le public de sa torpeur ; après chaque titre,
la chaleur monte de plusieurs degrés. Cest donc fort
logiquement quun rappel est réclamé ; le groupe
- désormais bouillant - sexécute avec classe
et disparaît dans les loges peu après. On attend la
suite des aventures de Bikini Machine avec impatience
Dès la fin du rappel de Bikini Machine, Hawaïï
Samuraï attaque (cest le cas de le dire !) son set
dans le club voisin, pied au plancher, en passant les vitesses à
la volée
Pourtant, le surf sixties from Besançon,
France, ça ne faisait pas très envie sur le papier
! Et bien, en vrai, sur la scène de la Coopé, cest
de la bombe, bébé ! Cette bande de brutes épaisses
complément monomaniaques joue le surf rock à la manière
des Ramones. Le guitariste cagoulé sort des sons gorgés
de reverbe tout en poussant parfois des cris terrifiants, le batteur
- qui arbore un loup du plus bel effet - frappe ses fûts comme
un damné, le bassiste est une véritable pile électrique
avec attitude de killer, enfin le saxophoniste, quant à lui,
bouge comme un furieux, si bien quon ne se soucie presque
pas du fait que son instrument ne soit audible que sur les derniers
morceaux. Les textes sont limités à leur plus simple
expression : parfois, le bassiste rassemble son inspiration et hurle
un truc en espagnol (par exemple : « La Bruta ! ! »)
pendant un break et hop, cest reparti pour une grande rasade
de musique du diable
Avec les psychopathes de Hawaïï Samouraï,
cest à un authentique voyage dans le surf n punk
quest convié le public ! Celui-ci ne se fait dailleurs
pas prier et embarque illico presto avec force cris, pogos et autres
manifestations de joie
Plaisir doffrir, joie de recevoir
; le club en ébullition surfe sur la vague musicale déclenchée
par louragan Hawaïï Samouraï avec une
allégresse qui fait plaisir à voir. Linterprétation
de Misirlou de Dick Dale (la musique du film Pulp
Fiction) est la cerise sur le gâteau qui vient clore le
set, et les Volcaniques de Mars 2004. Rendez-vous en 2005 !
Liens
: Burning
Heads, Hawai
Samurai
Pierre Andrieu
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