Critique
du 16 mars
Pour débuter cette soirée réservée
aux amoureux transis de musique dure, le groupe havrais Dickybird
a déversé un torrent de décibels dans les oreilles
de ses fans. La survoltée chanteuse/guitariste du trio hardcore
sappuie toujours sur une rythmique monstrueusement efficace
pour placer ses guitares tranchantes et ses hurlements déchirants
en anglais. Les trois musiciens ne sont jamais aussi convaincants
que lorsquils se laissent aller à leur sérieux
penchant pour lultra violence sonique ; dans ces moments-là,
la musique de Dickybird fait leffet dune bombe
explosant en pleine gueule de ses victimes (consentantes). Le mécanisme
de mise à feu a dailleurs été concocté
avec laide dun spécialiste dans un laboratoire
basé à Chicago - Electrical Audio - qui en a vu passer
dautres (Nirvana, Pixies, P.J. Harvey et
Dionysos)
: un ingénieur du son nommé Steve Albini
Certains morceaux plus « pop » font moins deffet,
mais lalternance calme (relatif)/tempête renforce limpact
de la musique de Dickybird. Le set se termine par un titre
en français « pour surfer sur la vague actuelle
de la chanson » ; après une longue partie instrumentale,
la chanteuse répète à linfini : «
Ten voulais, en vlà
du français
pour toi, enculéééééééééééé
! » Bien envoyé !
Dans
un style encore plus violent, Doppler a fait très
forte impression
Après un sample douverture -
aussi drôle que potache - où des gamins déblatèrent
des enfantillages plutôt salés, Doppler démarre
les hostilités (cest le cas de le dire !) sans tergiversation
aucune. Pour obtenir un effet hypnotique, le trio lyonnais bâtit
un mur du son absolument assourdissant à base de batterie
martelée et de guitare/basse/hurlements (sur)saturés.
Dans les cordes, on se retrouve complètement sonné
par les coups répétés du combo. On voit 36
chandelles certes, mais ce noise rock extrêmement agressif
a un côté fascinant
La
suite ne fait pas non plus dans la dentelle mais la musique dUnlogistic
est plus « classique » : du punk hardcore anticapitaliste.
Deux guitares déchaînées joignent leurs efforts
à une boite à rythme à la Bérus
et un chant en anglais aussi revendicatif quénervé
Rien de bien original mais Unlogistic, cest du nerveux
! Le public semble ravi de renouer avec les grandes heures du pogo
hystérique, encouragé par un membre du groupe qui
ne foulera pas la scène une seule seconde. Muni dun
micro, le petit agité hurle comme un malade pour soutenir
ses camarades puis fait des commentaires souvent drôles -
mais parfois un peu limites - qui annihilent les velléités
révolutionnaires du discours du chanteur. Pour résumer,
tout cela donne un joyeux bordel qui permet à tout le monde
de bien se défouler avant de retourner se faire exploiter
par le système le lundi matin...
Les prétentions de Shane Cough sont plus «
raisonnables » : le groupe - déjà aperçu
sur la scène du festival Osmose - produit un electro rock
poseur destiné à faire danser. Tous les musiciens
portent un costume de scène ultra voyant, et chacun essaie
dattirer lattention du public sur lui. Les efforts de
lexcité derrière les platines sont assez probants
mais pas assez tout de même pour rivaliser avec la chanteuse
qui semble tout droit sortie dun Peep Show. La belle est un
genre de sosie de Nico habillée en dominatrice ; pas
maladroite derrière le micro, elle fait son petit effet dès
quelle se trémousse sur le vacarme assourdissant de
ses acolytes. Le début du set de Shane Cough est donc
assez cinglant, les morceaux voient cohabiter des rythmes électroniques
avec des guitares tour à tour noisy, punk ou metal. Les brefs
instants de calme ne sont que des prétextes pour mieux réenclencher
la distorsion en se jetant partout quelques secondes plus tard.
Le point dorgue de ces bons moments sera une version electro
punk de Pretty vacant de Sex Pistols : ce morceau
produit clairement un effet orgasmico sonique. Si par la suite,
Shane Cough gardera sa puissance de feu, on se rend compte
que le groupe utilise toujours la même formule et les mêmes
poses
Le système auditif dangereusement poussé dans le rouge,
cest donc avec la délicieuse sensation davoir
tenu le choc face à quatre attaques en règle quon
rejoint la sortie en se jurant quon
nous y prendra encore
!
Sites Internet :
www.timer-records.com, www.shanecough.com,
www.unlogistic.free.fr,
Doppler
Pierre Andrieu
|