Critique
du 16 mars
Dee Loreleï, Playdoh, Kafka et Rien
avaient été conviés à la première
soirée des Volcaniques de Mars 2004 dans le club de la Coopérative
de Mai. Comme chaque année lors de ce festival, le public
a pu découvrir sur scène des artistes débutants,
peu commerciaux voire carrément expérimentaux dans
leurs démarches.
Déjà en bonne forme sur la grande scène de
la Coopé pour les
découvertes du Printemps de Bourges, le jeune groupe
clermontois Dee Loreleï a donné un brillant concert
en interprétant les morceaux de son premier album éponyme.
Le public - plutôt nombreux - a donc eu tout le loisir de
découvrir les multiples facettes du trio
Après
une intro inquiétante sur le morceau Got any Porno
(à base de sample de film), la set list a permis de pénétrer
le mystérieux univers de Dee Loreleï. Les troublants
My Love et My Slave, larabisant My Lover, les
bouleversants et épurés Lone et Another
home, les glaçants Hide & seek et Controversial
talking ou encore le puissant U Want me ont impressionné
par leur côté aventureux et original
Dans un style évoquant les grandes heures de Sonic Youth,
Playdoh a produit un effet saisissant sur son auditoire.
Après quelques passages post rock, larrivée
dun chanteur dont la voix rappelle Marc A. Huyghens de
Venus a propulsé la prestation de Playdoh dans
une autre dimension, le chant - grave et inquiétant - arrivant
à point nommé pour surfer violemment sur des guitares
acérées. Quand une voix féminine vient participer
aux débats soniques peu après, on croit un instant
à la présence de Kim Gordon sur scène.
Agrémentée par de bonnes projections, la prestation
concise et percutante de Playdoh a séduit
On
ne pourra pas dire la même chose de celle du groupe clermontois
Kafka déjà aperçu sur cette même
scène aux côtés de Chokebore et Las
Vegas Dead Brides. Lors de ces deux concerts, on avait passé
son temps à se demander comment la musique de ce jeune trio
pouvait faire autant deffet sur une grande partie du public
Morceaux interminables évoquant des jams sessions entre musiciens
virtuoses dans les années 70, solos de guitare interminables
et démonstratifs, batterie reproduisant les tics de Nick
Mason sur les albums de Pink Floyd, basse pseudo jazz
exaspérante, nen jetez plus ! Tout ceci provoque un
profond ennui. Parfois, quand la virtuosité gratuite sestompe,
Kafka réussit à envoyer des décharges de violence
sonore ou à créer des montées psychédéliques
assez fascinantes... mais immédiatement ruinées par
ce qui suit, toujours aussi stérile. Pourtant, une assez
forte proportion de lassistance semble captivée par
la musique du jeune trio et réclame un
rappel ! Encore
un grand moment de solitude où lon se surprend même
à souhaiter une panne de courant pour abréger nos
souffrances.
Forcément,
cest avec des capacités un peu entamées quon
découvre sur scène le groupe Rien dont le disque
navait pas bouleversé à la première écoute
avant de révéler au fil du temps de captivantes qualités.
Lenchaînement de deux groupes comme Kafka et
Rien était sans doute une manière de tester
la patience du public
Immédiatement, ce Requiem pour des baroqueux plonge dans
la perplexité ; on nous ressert le coup du groupe post rock
avec guitariste assis devant son multi effets infligeant des «
expérimentations » entendues mille fois. Au
moment où lon se dit que ces gens tirent des gueules
aussi sinistres que leur musique, deux joyeux lurons viennent interpréter
un sketch anti consumériste avec en fond les effigies en
carton de Prince et Pepito, les "amis"
des enfants à lheure du goûter. Assez drôles
et plutôt bien tournées, ces diatribes anti "grand
capital" requinquent un peu. Un peu plus tard, le temps
du passage sur les planches dun chanteur récitant une
litanie bizarroïde avec une voix saisissante, un morceau fait
resurgir le fantôme du groupe Diabologum. Rien de franchement
original là encore, mais sur ce titre les musiciens trublions
semblent jouer pour le public au lieu de regarder leurs nombrils
comme sils étaient dans leur local de répétition.
Par la suite, le groupe continue à vider inexorablement la
salle même si on apprécie de plus en plus son travail
sur le son, finalement plutôt pertinent. Rapidement, les musiciens
regagnent leurs loges avec, semble-t-il, un goût amer au fond
de la bouche. Il faudra revoir Rien dans dautres conditions
Sites
Internet : www.deelorelei.com,
Rien,
Playdoh
A
lire également sur ConcertAndCo.com : une
interview de Dee Lorelei.
Pierre Andrieu
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