Critique du 28 novembre
En arrivant dans la grande salle de la Coopérative de Mai
copieusement garnie, les spectateurs sont accueillis par la voix
spectrale de Johnny Cash. Une personne (très) bien
intentionnée a pris soin de passer American 4 : The
man comes around, le remarquable album sorti un an avant la
mort de lhomme en noir. Lécoute de ces morceaux
est tout simplement un moment déchirant quon souhaiterait
prolonger.
La musique de Johnny Cash sestompe pour laisser place
à la première partie de Raphaël : Nicolas
Driot - alias Kandid - et ses musiciens. Les premières
démos de Kandid sont très prometteuses, on
voulait donc découvrir le groupe sur scène
Après
une longue et captivante introduction réalisée par
la violoncelliste, Kandid se lance dans une rythmique sautillante
à la guitare sèche en total contraste avec le violoncelle.
Il interprète cette chanson en français avec une voix
très convaincante
Le public venu pour faire un triomphe
à Raphaël semble immédiatement conquis
; il tape dans ses mains, applaudit chaleureusement et soutient
ce jeune songwriter partagé entre Manchester et Clermont-Ferrand.
Les interventions du bassiste et de la violoncelliste étant
pleines dà propos et de sobriété, les
morceaux et la voix de Kandid bénéficient dun
parfait écrin pour sépanouir
On découvre
donc les deux facettes du personnage : la première s'inscrit
dans la tradition "chanson française enlevée",
la deuxième se situe dans la droite ligne de la pop anglaise
mélancolique à la Radiohead.
Aussi à laise en français quen anglais,
capable de créer des ambiances variées, Kandid
ne devrait pas tarder à percer, surtout sil multiplie
les concerts réussis comme celui-ci
.
Après quelques nouveaux morceaux de Johnny
Cash, Raphaël, lidole des jeunes (au même titre
que Saez, Lorie, Kyo, Alizée ou Indochine...
) fait son apparition sous les cris stridents des jeunes filles
Curieusement, les quelques personnes qui se racontaient bruyamment
leur semaine - sans doute passionnante
- pendant le concert
de Kandid se taisent immédiatement pour écouter
la star qui passe à la radio
Dès les premières syllabes expulsées plaintivement
de la cage thoracique du jeune homme androgyne, on pense à
lexécrable Damien Saez, en (très) légèrement
mieux
Car Raphaël est moins maniéré
et possède un contact plus sympathique avec le public, ce
qui nest pas très difficile... Par contre, lami
de Jean-Louis Aubert commet dentrée la faute
en déclarant : « Cest la première fois
quon vient ici, on est super contents, on na jamais
eu des loges grandes comme celles-là. » Le compositeur
de Sur la route a la mémoire courte, il sétait
en effet déjà produit ici-même avant Frank
Black en mars 2001, une performance à oublier très
vite il est vrai...
Si Raphaël est en progrès par rapport à
son premier album, on ne peut pas dire que son nouvel effort (La
réalité) restera comme une des meilleures choses
entendues cette année, ce concert non plus dailleurs
Tout ceci est un petit peu trop consensuel, gentillet et propre
à déclencher les fantasmes adolescents. Raphaël
raconte ses expériences de jeunesse soi-disant tourmentée
dans ses chansons, cest sans doute ce qui touche ses jeunes
fans, pas plus dérangés que ça par le côté
dramatiquement premier degré de ses souvenirs. Mais contrairement
à lauteur de Jeune et con, Raphaël
sait s'y prendre intelligemment, il présente avec aplomb
ses morceaux et inclut à son set quelques reprises bien senties
pour se donner une crédibilité rock. Cest ainsi
que Speed of life, un instrumental extrait de lalbum
Low de David Bowie, et New-York telephone conversation,
tout droit sorti du Transformer de Lou Reed, sont
interprétés, dans une quasi-indifférence toutefois.
Les gens sont principalement là pour entendre Sur la route
na na na gnan gnan. Leurs vux sont exaucés en rappel,
le concert se terminant par une reprise de La teigne de
Renaud, une nouvelle tentative de Raphaël pour
nous dire à quel point il était rebelle dans sa jeunesse,
il y a bien longtemps...
Site Internet de Kandid : www.kandid-music.com
Pierre Andrieu
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