Critique
du 18 décembre
Tiré
à quatre épingles dans son costume trois pièces,
Thomas Fersen prend dassaut la Coopérative de
Mai avec son dernier single, lentêtant Deux pieds.
Telecaster en main, il chante nonchalamment cette ode à la
paresse aux sonorités rock. Le public qui garni copieusement
la salle va vraiment en avoir pour son argent, il va même
passer une soirée de rêve
Par contre, cest
une nuit « conventionnelle » pour Thomas Fersen
: il chante ses chansons singulières, le public jubile, un
sourire aux lèvres. Mais sous ses airs de ne pas y toucher,
Monsieur Fersen est une véritable bête de scène.
En plus de chanter ses morceaux avec une superbe voix nicotinée,
il se lance dans plusieurs numéros de danse, fait chanter
le public, exécute un strip tease (veste, gilet, cravate),
le tout en jouant une sorte de personnage drolatique.
Difficile
de sennuyer avec un tel showman ! Le concert est réglé
au millimètre et permet de passer des ambiances folk/rock
à de longues digressions vers la fanfare rétro. Les
musiciens, tous très bons, sadaptent parfaitement aux
arrangements signés Joseph Racaille pour les albums
précédents. La chauve souris, Les malheurs du lion,
Bucéphale ou Les papillons bénéficient
donc d'un traitement aussi réussi que linterprétation
quasi intégrale du dernier album, une Pièce montée
des grands jours quon a envie de savourer très
souvent.
Evoluant
en toute décontraction de la Telecaster au Ukulélé
en passant par le piano, Thomas Fersen met parfaitement en
valeur ses compositions accrocheuses aux textes bien troussés.
Ces petites ritournelles magistralement écrites ont le côté
direct de la chanson paillarde, elles possèdent toujours
des atours surprenants, drôles et insolents. A moins dêtre
irrémédiablement coincé des hanches ou paresseux
des zygomatiques, difficile de ne pas danser en souriant à
lécoute de cette enfilade de titres gouailleurs, crus
et directs. L'ancien Gavroche de la place Clichy réussit
à rester poétique en parlant de Borborygmes sans oublier
dêtre émouvant en évoquant sa jeunesse
dans Né dans une rose ou Bambi.
Estimant
exercer « un métier de service », Thomas
Fersen se fait un devoir dêtre généreux
sur scène ; si les gens le réclament bruyamment ou
continuent à chanter après son départ dans
les coulisses, il revient toujours. Au cours de rappels nombreux
et réjouissants, Vous, les femmes de Julio Iglesias
et Marinella de Tino Rossi sont interprétées
par un Fersen hilare au Ukulélé. Sans doute
une manière de vérifier si son public a de lhumour.
Certains voudraient que leur chanteur anticonformiste favori joue
ses vieux morceaux dans une version identique à celle des
disques sans sautoriser de petits écarts, cherchez
lerreur ! Après linterprétation de Saint-Jean-du-Doigt,
une dernière occasion pour Thomas de danser frénétiquement
sous les acclamations, le concert prend fin, plus de deux heures
après son début. En quittant les lieux, le public
de la Coopérative de Mai se dit quil a eu le privilège
dassister à un spectacle dun Thomas Fersen
des grands jours
A lire également
une interview de Thomas Fersen.
Site
Internet : www.totoutard.com.
Pierre Andrieu
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