Critique du 18 novembre
On comprend qu'à son époque le rock ait fait une
petite révolution, mais maintenant que voit on chez tous
ces groupes qui défilent mannequinât du rock
à la coopérative de mai ?
A quelques exceptions prés, ce ne sont que d'horribles pitreries,
des concerts médiocres, sans âme, qui font fuir.
Ça fait longtemps que lexpression « rocknroll
» ne dit plus rien à ladolescent. Plus rien de
musical en tout cas.
Il faut dire quil a des excuses, le jeune, ça fait
longtemps que lon ne passe plus ses meilleurs disques. Des
navets par contre, il suffit de se baisser.
Et les critiques musicaux qui font la part trop belle à des
gens qui ne le méritent pas.
Et the Bellrays dans tout ça ? Cest lun
des derniers voyages au pays du rock perdu.
Les Bellrays décapitent le rock. Plus de tête. Ne reste
que les sens. Ce qui compte cest lénergie. Entassement
de saturations, hurlements, riffs, cognements sauvages, ébauche
de chansons. Cest un robinet sonore ouvert à fond.
Tant pis pour ceux qui ont loupé leur second passage incendiaire
à Clermont Ferrand.
Une grande chanteuse suffit elle à faire un grand groupe
? Il suffit davoir été présent en ce
vendredi de novembre, de regarder derrière son épaule
- dans le passé du rocknroll , de regarder
devant nous dans le futur antérieur du rock -, pour
sen convaincre.
On a dit que Lisa Kekaula était merveilleuse. Ce soir,
elle a été extraordinaire.
Elle prend possession de la scène, avec une énergie
sans chiqué, donnant une épaisseur inquiète,
sauvage, sexuelle aux Bellrays qui nexisterait pas
sans elle.
Ses yeux croisent ceux du public. Quelques secondes plus tard, elle
descend de la scène et harangue la foule de ses incantations
rocknrolliennes.
Sur un fond sonore mouliné par ses sbires, Lisa Kekaula
exprime toutes les émotions possibles, même les plus
scandaleuses, même les plus inavouables.
Le matin suivant, comme la fumée se dissipait, on put de
nouveau voir le drapeau du rocknroll. Vous vous rappellez
le symbole quil porte ? Un phénix renaissant de ses
cendres. Et les mots en dessous. Speramus meliora, resurget cineribus.
« Nous espérons des temps meilleurs, elle renaîtra
de ses cendres. »
Si le rock est une femme, elle sappelle Lisa.
Michel Michel
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