Critique du 18 novembre
Les patronymes de Tony Fate et de Bob Vennum semblent
tout droit sortis d'un catalogue de groupes de heavy metal kitch
millésimé eighties. On s'en fout. Les morceaux des
BellRays sont complexes et Tony Fate joue des accords
de plus de deux notes. On s'en fout. Tout ce qui compte, c'est l'urgence.
Electricité
Les BellRays livrent donc un set d'une intensité
totale, sans l'esquisse d'une respiration entre les morceaux. Mais
ça ne suffit pas à contenter Lisa et ses accolytes,
qui, électrocuteurs patentés, savent appliquer au
rock'n'roll la vieille loi d'Ohm : la tension est le produit
de l'intensité et de la résistance. Le public, rendu
hystérique par les assauts phoniques du groupe et la frustration
de ne pouvoir faire entendre le brame de son bonheur, est ainsi
testé en permanence. Le mur sonore s'apparente à la
ligne Maginot et Lisa harangue les premiers rangs, descendant plus
qu'à son tour dans la foule pour aggriper les viandards.
Le ton est donné : alors que le public était conquis
d'avance grâce à leur mémorable prestation de
février, les BellRays recherchent la confrontation.
Pasionaria
Ainsi de Lisa, qui hurle son rock avec le charisme d'un
chef de guerre et la conviction d'un martyr. La cause des BellRays
est peut être entendue, encore faut-il le prouver et réagir
avec fermeté aux imprécations de la chanteuse. A ses
" are you ready " répétés,
on se sent prêt à répondre par tout moyen, pris
de ferveur révolutionnaire et / ou de frénésie
sexuelle. On imagine aisément Lisa Kekaula en militante
des droits civiques dans l'amérique réactionnaire
des sixties, mais ce soir plus que jamais le rock est organique
et se passe de justification extérieure.
It's too easy
Oui, tout semble facile pour ce groupe qui tient la scène
comme une tribune et fait ce qu'il veut de son public. Lors de l'assourdissante
cérémonie d'un concert des BellRays, les morceaux
alternent passages lents et rapides, la guitare et la voix s'offrent
des registres étendus, mais jamais la pression ne retombe.
L'urgence ; encore. On pèse l'importance du bétonnage
rythmique coffré par Vennum et le nouveau batteur
dans la solidité de l'édifice musical. Les instrumentistes
semblent hallucinés, le public extatique et hébété,
surpris par sa propre énergie. Un groupe qui joue sa partie
sans retour du public donne dans la masturbation musicale - les
BellRays, eux, sont taillés pour les rencontres.
Alix Volvo
Vous pouvez également lire les chroniques
de Pierre Andrieu et de Michel
Michel
|