RéPéTITION PUBLIQUE D'ALAIN BASHUNG
 

Critique du 2 octobre

Après un mois de préparation à Tourzel-Ronzières (Puy-de-Dôme), Alain Bashung concluait jeudi soir ses dix jours de résidence à la Coopérative de Mai par une répétition en public devant 400 invités. « Sans aviron, sans élixir », ce retour sur scène après neuf ans d’absence n’a eu aucun mal à étourdir une assistance mesurant le côté exceptionnel de ce moment…

La répétition commence quand les six excellents musiciens - Jean-François Assy (violoncelle), Adriano Cominotto (claviers), Yan Péchin (guitare), Brad Scott (basse, contrebasse), Geoffrey Burton (guitare) et Nicolas Stevens (violon) - prennent place de chaque côté d’une pyramide en haut de laquelle trône le batteur, Arnaud Dieterlen. Derrière un rideau transparent, le groupe se lance dans le majestueux "Tel", le premier morceau de L’imprudence, dernier chef d’œuvre en date de Bashung. Tout de noir vêtu, tel un Nosferatu rock ‘n’ roll, Alain Bashung descend un peu plus tard jusqu’au micro… D’une voix caverneuse et captivante le « revenant » déclame alors ces premiers vers : « Tu perds ton temps à mariner dans ses yeux, tu perds ton sang. Tel Attila, tel Othello… ». Un frisson de bonheur parcourt tout le corps…

Quelques secondes ont suffi pour happer le public, immédiatement transporté dans l’univers tourmenté et audacieux de l’artiste. Le spectateur, sonné, entre de plain-pied dans un monde aussi fascinant qu’inquiétant. Habitées par de bouleversantes cordes et des guitares atmosphériques, les compositions trouvent un parfait écho dans les images en noir et blanc (signées Dominique Gonzales-Foerster) projetés sur deux écrans placés de chaque côté de la pyramide scénique. La voix, les textes et les musiques de Bashung ne pouvaient rêver plus pertinente mise en scène que celle, sombre et ténébreuse, imaginée par Vincent Boussard.

Le répertoire donne la part belle aux deux derniers albums scéniquement inexploités - "Fantaisie militaire" et "L’imprudence" -, s’arrête le temps de quelques titres sur "Chatterton" et "Osez Joséphine" avant de faire une courte plongée vers des instants plus anciens : "Vertiges de l’amour", "Bombez !", "What’s in a bird". L’assistance aura même la surprise d’assister à deux duos réussis avec Chloé Mons, mystérieuse et sexy, sur "Faisons envie" et "le Cantique des cantiques". Chose rare chez un artiste ayant sorti autant de disques, les morceaux des albums les plus récents sont les plus convaincants… Restant sourd aux sirènes lui demandant de « pondre un truc qui marche » pour faire tourner sa petite entreprise, Bashung a choisi de prendre la contre allée en délaissant les grands axes. Pour notre plus grand Plaisir.

Durant deux heures et vingt minutes, Bashung et ses musiciens délivreront un spectacle, certes encore perfectible (d’autres répétitions auront lieu avant le lancement de la tournée le 8 octobre à Bruxelles) mais dégageant déjà une puissance émotionnelle rarement atteinte dans les contrées du rock français. Serge Gainsbourg a inventé le terme adéquat pour qualifier ce filage très prometteur : « classieux ». On brûle déjà d’impatience de voir la version définitive de cet ambitieux spectacle le 22 octobre 2003 à la Coopérative de Mai.

Vous pouvez également lire la chronique de Jean-Michel Planat et aussi lire les critiques concernant son concert du 22 octobre par Pierre Andrieu et par Jean Michel Planat

Nous vous invitons à écouter l'intégralité de l'interview de Bashung donnée à France Bleu Pays d'Auvergne.

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